Cargo Cult : le groupe fantôme de 1985 que je viens de découvrir

Cargo Cult – Plaid City

Y’a un réflexe qui ne me quittera jamais, hérité de mes années lycée à poncer des CD samplers collés sur la couverture de Rock Sound : dès qu’un morceau inconnu me scotche sur une compilation, je veux TOUT savoir sur le groupe derrière. Cette semaine, le morceau en question s’appelle « Plaid City », le groupe s’appelle Cargo Cult, et honnêtement, j’ai mis un peu de temps à recoller les morceaux.

« Plaid City » ouvre TELLUS: The Audio Cassette Magazine Anthology, Vol. 1, une réédition vinyle qui sort en novembre chez Earth Libraries. Le principe : ressusciter Tellus, un fanzine audio distribué sur cassette entre 1983 et 1993, qui documentait le milieu indé New Yorkais le plus barré de l’époque (no wave, industriel, hip-hop naissant, art performance), avec Sonic Youth, Liquid Liquid, Y Pants… et donc Cargo Cult, dont je n’avais, je te le confesse jamais entendu parler avant cette semaine.

Qui sont Cargo Cult ?

Cargo Cult, c’est un groupe new-yorkais formé en 1985 par un certain Randy Ludacer, qui tient le poste de chant et guitare rythmique. Autour de lui : Gary Kelly à la basse et aux chœurs, George Sempepos à la guitare lead, Michael Lauren à la batterie, et Hearn Gadbois aux percussions.

Parce que justement, Cargo Cult ne fait pas dans le new wave / post punk à la Sonic Youth malgré la parenté de scène. Leur son, d’après ce que j’ai pu grappiller, se situe plutôt entre new wave anguleuse, funk sec et bossa nova édulcorée à la sauce indie américaine , un cocktail qu’un vidéaste Discogs résume avec le savoureux « Latin flavored indie from NY ».  Pour aller au plus simple, je dirai du rock indé.

Concrete Island, l’album qui abrite « Plaid City »

Et justement, « Plaid City » n’est pas un inédit composé pour l’anthologie Tellus : c’est un titre qui figure sur Concrete Island, l’unique album du groupe, sorti en 1987 sur le label Public Records. Dix titres, produits par un certain Chris Butle.

Pourquoi ça sonne encore juste aujourd’hui

Ce qui frappe à l’écoute de « Plaid City » en 2026, c’est justement cette absence totale de côté franchement daté que redoutent souvent les rééditions de ce genre. Pas de synthé criard, pas de production plastifiée façon fin des années 80  juste une rythmique sèche, une guitare qui tricote plus qu’elle ne balance des riffs, et une nervosité qui doit beaucoup au groove plutôt qu’à la distorsion. Le genre de morceau qui pourrait sortir aujourd’hui sur un label indé sans que personne ne tique.

Je n’ai pas trouvé trace d’une suite après Concrete Island ni second album, ni activité récente du groupe  donc Cargo Cult ressemble à ces formations qui existent le temps d’une poignée d’années, laissent un disque solide, puis disparaissent dans le silence avant qu’une réédition ne vienne, quarante ans plus tard, leur redonner une seconde vie via des oreilles qui étaient en couche à l’époque. C’est précisément pour ce genre de résurrection que les compilations bien pensées existent : sans elles, « Plaid City » resterait un titre de plus dans une pile de vinyles jaunis chez un disquaire de Brooklyn, plutôt qu’un morceau qu’un type en France écoute un mardi de 2026.

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