C’est toujours Noël avec la série « Smiley »

Oui, il est encore temps de s’embrasser au milieu de la rue, ou de courir après l’être aimé dans un aéroport.

Voici l’histoire d’Àlex et Bruno, mais pas que. L’un est au début de sa trentaine, l’autre plutôt vers la fin, et s’ils préfèrent tous les deux les garçons, tout le reste a priori les sépare. Àlex est aussi avenant et accro à la gonflette que Bruno est pince-sans-rire et érudit. Noël approche, un quiproquo les rapproche et, suite à une nuit torride, ni l’un ni l’autre ne souhaite en rester là. Sauf que ce couple qui se croit si mal assorti ne peut croire à sa bonne étoile qui lui sourit. Les voilà qui se quittent sur un simple smiley avant de passer les huit épisodes à se fuir et feindre le détachement, jusqu’à ce que l’amour les embarque peut-être enfin.

 

Le principe du couple de gars improbable a enfin eu les honneurs d’Hollywood, grâce au film Bros sorti l’an dernier. Mais Smiley se démarque à plusieurs niveaux : déjà, Bruno et Àlex sont loin d’être les seuls protagonistes. Alors que j’entrais dans la série plutôt à reculons, les histoires de leur entourage m’ont surpris et happé plus que je ne l’aurais pensé. Il y a tout d’abord Vero et Patricia, en couple depuis 7 ans et qui espèrent silencieusement que leur nouvel appartement change la donne de leur histoire. Il y a aussi Javi, travesti exubérant, secrètement en quête d’amour et de tendresse, comme nous tous en fait. Et puis il y a Albert et Núria, au bord de la crise de nerfs avec leurs trois marmots et leurs boulots très prenants. Toutes et tous existent grâce à leurs interprètes doués, au diapason de la loufoquerie des situations et de l’émotion qu’ils font surgir au bord de nos yeux.

Núria (Ruth Llopis) & Albert (Eduardo Lloveras), Smiley
Núria (Ruth Llopis) & Albert (Eduardo Lloveras) avec leurs enfants

 

C’est que Smiley est adapté d’une pièce de théâtre qui a fait les beaux jours de la scène barcelonaise de 2012 à 2015 : un sens du tempo et des répliques qui claquent, ici transposées à l’écran par leur dramaturge Guillem Clua. Le tout avec ce qu’il faut d’inventivité et de split-screen grâce à la mise en scène virevoltante de Marta Pahissa, co-réalisatrice du méga-succès Les Bracelets Rouges (adapté chez nous sur TF1). Au-delà des préjugés sur les gays qu’Àlex et Bruno s’imposent à eux-mêmes, la série joue l’air de rien avec un certain nombre de thèmes : les clichés sur les immigrés (avec le personnage de la baby-sitter), la course à la promotion au travail, l’amour à trois, les applications de rencontre, la bisexualité, la pression des parents, le « outing » (révéler l’orientation sexuelle d’une personne contre son gré)… sans oublier le prix de l’immobilier, le tout en passant de l’espagnol au catalan avec une fluidité toute naturelle.

Giannina Fruttero (Patricia) & Meritxell Calvo (Vero), Smiley
Patricia (Giannina Fruttero) & Vero (Meritxell Calvo)

Au final, Smiley lorgne du côté de Love Actually, la comédie romantique british ultime, mentionnée explicitement par Bruno au détour d’un épisode. Même période de fin d’année, même volonté de partage. Mais notre emoji ibérique n’a pas à rougir : il réussit à nous offrir une histoire ultra-contemporaine avec son utilisation de la messagerie instantanée, tout en restant intemporelle grâce à ses personnages d’âge mûr tels Javi ou la mère d’Àlex qui, chacun, font le deuil de certaines histoires pour en démarrer de nouvelles. Bref, qu’on soit romantique ou pas, on ne peut que sourire à Smiley. Et revivre le réveillon 2022 avec des bières, des tapas et une chanson de Mecano, franchement ça ne se refuse pas.

Smiley est disponible sur Netflix.

Àlex (Carlos Cuevas) & Bruno (Miki Esparbé) Smiley
Àlex (Carlos Cuevas) & Bruno (Miki Esparbé)
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