Jackson, le droit à l’avortement : une fracture américaine

 

Ça fait déjà longtemps que le pays des libertés n’en est plus un pour les femmes, de surcroît quand elles sont noires et pauvres. Les USA, le pays de tous les possibles, pourvu que l’argent gonfle les poches.

Ce documentaire de Masie Crow le rappelle, filmé en 2016.
Le point de vue de la directrice de la dernière clinique d’avortement du Mississipi, d’une (insupportable) militante Pro-life et directrice d’un CPC (Center for Pregnancy Choices) et d’une femme, April Jackson, enceinte de son cinquième enfant.

On y comprend que tout est fait pour contraindre toujours plus les femmes en demande d’IVG et les médecins. Un harcèlement quotidien devant la clinique, les manifestants Pro-life se tiennent jour après jour devant les portes, invectivent le personnel, abordent toute femme se présentant à la clinique. Ce sont pour la plupart des blancs, catholiques qui se pensent les meilleurs juges de la vie d’autrui. « Dieu punira ceux qui font couler le sang innocent » « Ne tuez pas votre bébé »
On connaît trop bien ces discours.

Shannon Brewer dirige la clinique, la maison rose, elle a un courage et une conviction qui font mon admiration. Elle se dit Pro-choix, elle-même mère de 5 enfants, elle connaît et partage les difficultés des femmes qu’elle reçoit. Elle écoute et ne juge pas.

Shannon Brewer clinic

Un contrôle régulier de l’Etat à l’improviste : des papiers d’admissions demandés qu’aucun hôpital ne fournit à la clinique pour cause de non participation à l’IVG et c’est une possible fermeture de la clinique. Shannon se bat chaque jour. Le but du Gouverneur du Mississipi – Pro-life et anti-choix est-ce bien la peine de préciser – étant de contraindre par des lois déposées avec pour finalité d’empêcher l’avortement.

Le Dr Parker, le médecin de la clinique, se doit de dire à chaque patiente que « l’avortement peut entraîner une hémorragie, des infections et des lésions des organes » prévention compréhensible pour l’instant mais aussi « il augmente le risque de cancer du sein ». Dr Parker précise que la loi l’oblige mais qu’aucune étude scientifique n’a jamais mis en lumière ce fait. Une façon pour l’Etat, le Gouverneur, de dissuader sous couvert de protéger.

L’Amérique, ce pays des libertés…nous ne sommes pas à l’abri dans nos démocraties.

Barbara Beavers, directrice d’un CPC (Center Pregnancy Choices) ou les choix sont bien dirigés. Elle prône l’abstinence et le contrôle de soi avec l’aide de Dieu (qui ? Connais pas.) Elle parle d’immoralité sexuelle, culpabilise les femmes et les enferme dans leur pauvreté en prenant un non choix.
Un échantillon de ses propos :
« Les femmes sont faites pour protéger et mourir pour leur bébé, pas les faire mourir »
« La contraception n’est pas la solution mais le contrôle de soi »
Aller aux ateliers du CPC, ateliers de discussion, permet aux jeunes mères, qui n’avorteront pas, d’avoir des vêtements et des couches. Ça s’appelle du chantage ? Oh rabat-joie !

Le lobby des Pro-life est très présent auprès des politiques. Depuis 2016, 218 lois TRAP ont été déposées à travers le pays. L’un des moyens pour les militants anti-choix de rayer de la carte des services essentiels consiste à réglementer de manière ciblée ceux qui réalisent des avortements, via les lois « TRAP » (Targeted Regulation of Abortion Providers). Il s’agit de critères d’enregistrement tatillons, qui font qu’il est difficile pour ces services de rester ouverts.
On n’interdit pas, on musèle. En installant les CPC proches des cliniques IVG, c’est une autre manigance pour atteindre les femmes en fragilité de choix.
Bon, on a compris le système.

Je vais vous parler de April.
Elle vous donnera envie de pleurer, pour peu que vous ayez un cœur. Cette jeune fille de 24 ans a déjà 4 enfants : 4, 3, 2, et 1 an. Non vous ne rêvez pas. Aucune éducation sexuelle ni contraception mais un cœur énorme pour ses enfants et un courage, elle a deux jobs mais ne s’en sort pas. Le ou les pères sont absents, elle trime seule. Elle attend un cinquième enfant…
Elle n’avortera pas, par peur, par conviction peut-être : au CPC on lui a dit qu’elle pourrait mourir. Barbara Beavers parlera d’elle comme d’une pauvre fille qui ne sait pas contrôler son corps…il y a des baffes qui se perdent non ? Moi j’ai la main qui me démange. Enfermer ses filles dans une pauvreté évidente en ne leur laissant pas de vrais choix est criminel, oui je mesure mes mots.
Note de fin de documentaire : April attend des jumeaux…oui je spoile mais ça m’a révolté, elle voulait une contraception qui lui a été refusée au CPC.

Le combat judiciaire est en faveur de la clinique et elle restera ouverte. Ouf. De courte durée. En juillet 2022 elle sera fermée et le Mississipi n’offre plus aucun moyen d’accéder en sécurité à l’avortement pour les femmes pauvres. La maison rose n’est plus.

Beaucoup de combats peuvent paraître insignifiants, le combat pour le droit à l’IVG est essentiel.
Je crois que les USA ont perdu depuis bien longtemps leur aura de libertés, méfions-nous de la contagion et restons vigilants.

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