Il y a la scène électro française qui fait danser les foules sur fond de David Guetta, et puis il y a Paul Régimbeau, alias Mondkopf, qui préfère visiblement vous coller une angoisse existentielle plutôt qu’un tube de plage. « Day of Anger », extrait de son second album Rising Doom (sorti l’an dernier sur Fool House), tourne en boucle chez moi depuis des semaines, et je commence à me demander si c’est vraiment raisonnable.
Le anti-Guetta, et ce n’est pas un compliment qu’on lui a inventé
Le Toulousain installé à Paris s’est fait un nom en enchaînant les projets qui n’ont peur de rien : hip-hop de chambre à ses débuts (littéralement bricolé sous Ejay), puis une bascule progressive vers une électronica sombre, nourrie de post-punk, de dubstep et, tenez-vous bien, de black metal. À 24 ans à peine, le voilà qui livre un disque qui n’a que faire d’être compris ou approuvé, une masse sonore noire et tordue, entre Aphex Twin et Autechre dans la tête, et une bonne dose de rage rentrée dans les mains.
« Day of Anger » arrive en troisième position sur l’album, coincé entre le déjà costaud « Deadwood » et « The Song of Shadows ». Cinq minutes de tension pure, de nappes synthétiques abrasives et de percussions mécaniques qui avancent comme un rouleau compresseur. Rien de gratuit là-dedans : le morceau construit sa montée avec une patience presque cinématographique, avant de vous lâcher en plein visage.
Un mec qui traîne avec les bonnes personnes
Ce qui frappe avec Mondkopf, c’est le réseau qu’il s’est construit sans jamais sacrifier son intransigeance. Ses remixes ont tapé dans l’œil d’Agoria, de Busy P et de Boys Noize himself, excusez du peu. Il a fait ses armes sur les scènes de festivals comme les Vieilles Charrues ou La Route du Rock, et vient tout juste de lancer une soirée baptisée « In Paradisum » au Rex Club parisien, où il invite des producteurs aussi peu consensuels que lui. Un signe qui ne trompe pas : ce type ne fait pas semblant.
Et malgré l’ambiance résolument plombée du disque, il reste dans cette électronica sans voix, cinématographique, qui doit autant à M83 qu’aux musiques de film. Pas de dance floor facile, mais quelque chose de bien plus habité.
Un disque qui ne cherche pas à vous plaire, et c’est précisément pour ça qu’il marche
Rising Doom n’a clairement pas été pensé pour caresser qui que ce soit dans le sens du poil. Et « Day of Anger » en est peut-être le morceau le plus abouti : une pièce qui ne demande rien à personne, qui avance dans son coin, sombre et fière de l’être. Le genre de titre qu’on écoute seul, dans le noir, en se demandant pourquoi ça fait autant de bien d’avoir un peu peur.

