Richard Clayderman « Nostalgie » : notre guilty pleasure assumé

Richard Clayderman et son morceau "Nostalgie" : entre snobisme indé et guilty pleasure assumé, on règle ses comptes avec le sirop

Bon, il faut que je vous avoue un truc. Un truc qui pourrait me faire radier à vie de la confrérie des gens qui écoutent du garage-punk enregistré dans un garage (le vrai, avec des toiles d’araignée). Il m’arrive, certains soirs de pluie sur la Deux-Sèvres, de mettre du Richard Clayderman. Voilà, c’est dit. Vous pouvez arrêter de lire, aller vous laver les oreilles au Fuzz le plus proche, je ne vous en voudrai pas.

Pour les autres, ceux qui ont encore un peu de curiosité et pas trop de préjugés, parlons de « Nostalgie ». Parce que ce morceau, c’est un peu le concentré liquide de ce que Clayderman fait de mieux : trois accords, une mélodie qui vous serre le cœur sans prévenir, et cette manière bien à lui de transformer un salon Ikea en salle de bal viennoise.

Richard Clayderman, pour le plaisir

Le bonhomme, pour ceux qui débarquent, ce n’est pas rien. Philippe Pagès de son vrai nom, môme du Conservatoire de Paris, fils d’un prof de piano, viré des radars de la musique classique par les emmerdes financières de son père. Il finit accompagnateur pour Johnny Hallyday, employé de banque le jour, pianiste de complément le soir. Et puis un jour de 1976, on lui met une partition sous le nez, écrite par un producteur pour sa fille qui vient de naître. Ça s’appelle « Ballade pour Adeline ». Il la joue. Vingt-deux millions d’exemplaires vendus dans trente-huit pays plus tard, plus personne ne l’appelle Philippe.

Depuis, l’homme cumule les records absurdes : plus de 90 millions de disques écoulés, des centaines de disques d’or et de platine, le titre de « pianiste le plus vendu au monde » tamponné par le Guinness. Nancy Reagan elle-même l’a couronné « prince du romantisme » en pleine Maison Blanche, ce qui reste probablement l’image la plus surréaliste de toute cette histoire. Et en Chine, où il tourne à guichets fermés depuis des années, on ne compte plus les halls d’hôtel où ses mélodies tournent en boucle.

Alors oui, on peut ricaner. « Musique d’ascenseur », « sirop pour djeuns sages », tout le vocabulaire méprisant du snobisme musical y passe. Mais « Nostalgie », justement, échappe un peu à ça. C’est un morceau qui ne cherche à impressionner personne, qui ne fait pas semblant d’être plus profond qu’il ne l’est, et qui pourtant vous cueille au détour d’un accord mineur avec une efficacité que beaucoup de groupes soi-disant sérieux lui envieraient.

Je ne vais pas vous mentir : je ne vais pas troquer mes disques de Westside Cowboys contre l’intégrale Clayderman de sitôt. Mais entre deux sessions de post-punk mal dégrossi, s’autoriser trois minutes de piano sirupeux et assumé, ce n’est pas une trahison. C’est juste une autre façon d’aimer la musique, avec un peu moins de mauvaise foi que d’habitude.

🔥 Ne ratez aucune pépite indé

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