Si la musique adoucit les mœurs, elle exprime aussi les luttes contre l’injustice et le racisme. Review en 10 titres engagés !

En cette année d’élection où l’ambiance est particulièrement nauséabonde et délétère, je vous propose de traverser les décennies et genres musicaux au travers de quelques groupes et titres emblématiques d’une volonté de s’engager sur des sujets contemporains liés souvent aux inégalités et violences subies par des communautés. Naturellement, la liste est loin d’être exhaustive, tant dans les genres et les époques visités, elle se restreint aux mouvements Punk, Metal, Hip-Hop et Pop. Il faudra noter que tous les styles se sont un moment ou un autre appropriés cette thématique et exprimés sur ce mal qui ronge les sociétés depuis plus d’un siècle, à commencer par le Blues car tout vient du Blues

lutte contre le racisme

Porcherie ! Porcherie ! Porcherie ! Porcherie !

Cocorico ! On ouvre le bal avec les BERURIER NOIR et une version live de Porcherie enregistrée lors de leur concert d’adieux à l’Olympia en 1989 (j’y étais, c’était énorme). En réaction au score de Jean-Marie Le Pen lors des élections présidentielles de 1988, les Punks sortaient ce titre au refrain qui résonne encore aujourd’hui dans les mémoires : La jeunesse emmerde le Front National !

Porcherie

Dead Kennedys dénonce la mascarade

On file en 1981 avec les punks américains de DEAD KENNEDYS qui sortaient l’EP In God We Trust, inc qui comportait le fameux brûlot Nazi Punks Fuck Off! devenu unclassique, objet de nombreuses reprises (en particulier par les excellents Grindcoreux anglais de NAPALM DEATH). Si à l’origine, la chanson critiquait la violence dans certains concerts (où certains punks portaient des tee-shirts avec la croix gammée, totalement abscons au regard de l’esprit punk …), elle a vite été adoptée pour devenir un étendard de protestation et de la lutte contre les idées et comportements fascistes.

Nazi Punks Fuck Off !

THE CLASH avec White Riot

En 1977, face au racisme décomplexé qui inondait l’Angleterre, THE CLASH sortaient White Riot et Joe Strummer (chanteur et guitariste) clamait que les blancs pauvres étaient dans le même bateau que les noirs pauvres mais que les premiers n’arrivaient pas à faire entendre leur voix et à revendiquer leurs droits. Même si certains groupuscules ont voulu s’approprier le terme White Riot (cf White Power), Joe Strummer a toujours expliqué que les jeunesses, exposées aux mêmes problèmes sociaux et tensions avec la police, devaient être solidaires. Un discours peu ou prou repris par BERURIER NOIR en France quelques années plus tard.

White Riot

PUBLIC ENEMY

Sortie en 1989, en pleine ère Bush, à l’occasion du film Do The Right Thing réalisé par Spike Lee, Fight The Power porte haut la fierté d’être noire dans une société américaine qui exclue les populations noires, toujours plus soumises aux injustices et aux tensions, avec la police en particulier. La chanson sonne comme un hymne à l’engagement vers plus d’équité et de justice.

SONIC YOUTH … It’s a song I hate.

Les patrons américains du Noise Rock et de la scène alternative américaine sortaient en 1992 Dirty et Youth Against Fascism. Le message est limpide et fait écho aux envies de guerres du gouvernement, du développement des groupes suprémacistes blancs (le Ku Klux Klan) et à leur collusion avec certaines sphères de l’administration Bush (les juges par exemple) sans compter les agressions verbales et physiques dont les populations noires sont victimes. Tout le malaise américain résumé en une chanson.

Youth Against Fascism

RAGE AGAINST THE MACHINE … Fuck you I won’t do what you tell me!

En 1992, RAGE AGAINST THE MACHINE sortait son album éponyme et le parpaing Killing In The Name qui faisait directement référence aux émeutes de Los Angeles liées à l’acquittement des policiers qui avaient tué Rodney King. Le titre dénonce les violences et le racisme de la police de Los Angeles, les liens qu’elle noue avec les suprémacistes et sonne (voire, invite à) la révolte.

Killing In The Name

SEPULTURA Refuse/Resist

Direction le Brésil avec le quatuor Thrash Metal SEPULTURA. En 1994, le groupe sortait son excellent 3ème album Chaos A.D et le titre d’ouverture Refuse/Resist. Celui-ci, totalement anarchiste et résolument anti-gouvernemental, sonne clairement comme un appel à la rébellion et à la révolte. Les événements ayant inspiré Max Cavalera (chanteur et guitariste) n’ont pas manqué : entre les manifestations de Tian’anmen en Chine violemment réprimées, les constantes agressions et répressions de la police brésilienne, … Il y avait de quoi faire.

Refuse/Resist

ZEBDA Motivés !

Nous voici dans le pays des chocolatines, avec les Toulousains de ZEBDA qui revisitent brillamment l’émouvante chanson Le chant des partisans écrite en 1943 par Anna Marly et Joseph Kessel. Le groupe reprend ce titre et l’introduit comme une dédicace à toutes celles et ceux qui ont résisté dans le passé. Elle invite à poursuivre la lutte dans les prochains combats pour la liberté et la justice, toujours aussi nombreux …

Motivés !

PROPHETS OF RAGE Radical Eyes

Retour aux US il n’y a pas si longtemps. En 2017, le groupe, qui est un collectif associant des membres de groupes pour le moins engagés RAGE AGAINST THE MACHINE, CYPRESS HILL et PUBLIC ENEMY, sort l’album Radical Eyes. Le titre éponyme dénonce le racisme et les violences policières et porte l’ambition de les annihiler.

Radical Eyes

John LENNON avec Imagine

Considérée comme l’une des plus grandes chansons de tous les temps, Imagine, qui est sortie en 1971 et que l’on connait tous, sonne comme une utopie avant tout pacifique et égalitaire avec ce rêve de réunir tous les peuples, sans accorder une quelconque préférence liée à l’appartenance à une communauté ethnique et/ou religieuse. Un doux rêve pour finir cette chronique …

Imagine

lutte contre le racisme

Dans ce billet, nous avons traversé différentes contrées et décennies, cité quelques artistes parfois opposés par leur style musical respectif mais qui pourtant avaient ce même souhait commun d’exprimer le dégoût, la honte, la rage parfois mais aussi la volonté d’aboutir à une société plus égalitaire, plus juste, plus libre et moins violente. On notera que quels que soient les périodes et les pays, les problèmes étaient les mêmes qu’aujourd’hui … Quand je pense qu’au concert des Bérus en 1989, Loran, le guitariste du groupe, éructait dans une salle chauffée à blanc : Plus jamais de 20%, plus jamais ! Empêchez-les car nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes et ensemble nous sommes de la dynamite ! 33 ans après ce souvenir impérissable de communion, rien n’a vraiment changé, la gangrène du racisme et de la violence reste malheureusement encore tenace.

Comme dirait Abraham Lincoln (qui a abolit l’esclavage aux Etats-Unis) : Je marche d’un pas lent, mais je ne recule jamais.

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