Vous êtes tombés sur cet article parce que vous cherchiez Gettin’ Jiggy Wit It de Will Smith, avouez. C’est pas grave, c’est même le but. Mais avant d’aller mater Big Willie faire le kéké en costard trois pièces, on va faire un détour obligatoire par 1979, année où le disco régnait encore en maître et où trois sœurs de Philadelphie allaient devenir, l’espace d’un refrain, les meilleures danseuses de l’histoire de la musique. Rien que ça.
He’s The Greatest Dancer sort en single le 3 février 1979, extrait de l’album We Are Family de Sister Sledge. Le titre grimpe jusqu’à la 9e place du Billboard Hot 100 et cartonne numéro un sur les charts Dance et R&B. Une réussite totale pour un groupe qui, avant ça, cumulait surtout des singles anecdotiques et des velléités de reprendre les études à Temple University plutôt que la musique.
Et si le titre sonne aussi terriblement chic (le mot est bien choisi, on y vient), c’est parce que l’intégralité de l’album We Are Family est écrite, composée et produite par Nile Rodgers et Bernard Edwards. Oui, les deux mêmes qui, à la même époque, enregistrent C’est Chic dans le même studio, le Power Station de New York, avec quasiment les mêmes musiciens. Sister Sledge n’a jamais officiellement fait les chœurs de Chic, mais autant dire que la frontière entre les deux projets tient à peu de chose : Edwards et Rodgers avaient même envisagé de garder ce titre pour Chic avant de le refiler aux sœurs Sledge. Nile Rodgers, cette pieuvre disco, avait déjà les tentacules partout en 1979.
Le morceau est aussi resté dans les mémoires pour un détail assez culotté à l’époque : il cite carrément des marques dans les paroles (Halston, Gucci, Fiorucci), ce qui en fait l’un des tout premiers titres à faire du placement de produit avant l’heure. Une pratique que même Nile Rodgers a reconnu comme précurseuse. Le disco inventait déjà le brand content, quarante ans avant les influenceurs Instagram.
Et donc, Will Smith dans tout ça ?
En 1997, Will Smith balance Gettin’ Jiggy Wit It, extrait de son album Big Willie Style. Le morceau devient numéro un aux États-Unis et pioche allègrement dans la ligne de basse et les cordes de He’s The Greatest Dancer. Nile Rodgers, encore lui, touche donc royalties sur deux générations de tubes à vingt ans d’écart, sans avoir bougé le petit doigt entre-temps. Un modèle économique qu’on vous conseille si vous cherchez une reconversion.
Bref, la prochaine fois qu’on vous dira que le sampling c’est de la triche, rappelez-leur que sans Sister Sledge, sans Chic, et sans Nile Rodgers planqué derrière absolument tout ce qui groove depuis 1978, il n’y aurait jamais eu de Will Smith en pantalon large à danser dans un clip. La boucle est bouclée, et elle groove.
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