Vis ma vie de Femme #1 : La littérature de science-fiction

Parce que dans l’histoire la femme fut souvent reléguée au second plan, l’imaginaire du futur s’est par conséquent écrit sans elle. Je vais donc essayer de vous parler de mon rapport à la science-fiction, et de la façon dont j’ai tout de même trouvé ma place dans ce genre trop souvent masculin. Tous ce qui suit ne sont bien sûr que des interprétations de ma part, et n’engage que moi

Verne, des rêves d’hommes

            J’ai découvert la SF de façon peu original avec vingt mille lieues sous les mers, qui reste à ce jour encore l’une des lectures les plus passionnés de mon enfance. J’ai ensuite exploré l’œuvre de Jules Verne au fil de mon adolescence sans jamais vraiment retrouver le même plaisir. Si je continue aujourd’hui de parfaire ma collection de cet auteur que j’estime grandement, je ne peux m’empêcher de penser, mais putain Jules, OU SONT LES FEMMES ? Peu de suspense. Elles sont, bien sûr, occupées à la maison, se faisant du souci pour leurs petit mari qui vit de grandes aventures. Ou elles sont en danger de mort attendant le prince charmant qui viendra les sauver. Voili, voilou. Si ces clichés m’agacent, ils sont, je le sais, le reflet de la société de l’époque et ne m’empêche en aucun cas de jouir de ses romans. Car pour moi, ces récits étaient les rêves de futur d’un autre temps, que ces rêves n’ont finalement pas changés, et que j’y vois, plus que des récits d’homme, l’histoire d’une perpétuelle quête vers l’inconnue de l’humanité. On ne peut enlever à Jules Verne son éternelle optimisme quant à la réussite de ces progrès technologique. Optimisme contagieux pour ma part, j’ai longtemps cru au progrès humain par la technologie (le parpaing de la réalité fut douloureux). Une certaine idée du monde qui n’a pas eu les résultats escomptés malheureusement, malgré de bonnes intentions. Malgré l’absence de femmes (qui me lasse parfois), l’univers me parle, ces idéaux me font voyager.

Le patron des patrons, Asimov

            Le jour où j’ai commencé la lecture de Fondation, j’ai su que dorénavant ma bibliothèque ressemblerait au rayon SF de ma librairie. Ce fut un coup de cœur immédiat, une révélation. Et le début d’une passion. Ce n’est pourtant pas du chef d’œuvre d’Isaac Asimov que je vais vous parler ici. Après cette soudaine épiphanie, je me suis tournée vers ces nouvelles sur les robots. En toute logique, j’ai adoré. Le concept de ces histoires courtes est simple. Un robot fait un truc qu’il n’est pas sensé faire, les gens blâmes la machine, une robopsychologue arrive et leur explique que non, le problème c’est eux ! Et cette robopsychologue qui a inventé la discipline, c’est le Dr Susan Calvin. Personnage récurrent, qui était aussi le personnage préféré d’Asimov. Je vais donc vous la décrire pour que vous compreniez mon dilemme. Elle est une femme froide, autoritaire et cynique. Elle est brillante. Préfère la compagnie des robots à celle des humains et ne correspond pas au critère de féminité dicté par les hommes. Alors, NATURELLEMENT, c’est une femme asociale condamnée à la solitude, détestée et moquée par ces collègues masculins et qui en est réduit à prendre pour enfant de substitution, un robot défaillant à qui elle a appris à dire Maman. La caricature est complète, merci, bonsoir.

            Oui, mais voilà. J’adore Susan Calvin. C’est aussi mon personnage préféré et les nouvelles où elle apparait, sont aussi celles qui m’ont le plus touché. A mes yeux, elle est une femme forte et indépendante écrasée par un monde d’hommes. Et si le regard, condescendent, de l’auteur peuvent la rendre parfois pathétique, je ressens au contraire, une grande tendresse à son égard. Sa solitude n’est pas dû à sa laideur ou sa froideur mais bien à un regard masculin intransigeant et misogyne. Son asociabilité est, plus qu’un trait de caractère, la conséquence du mépris de ses collègues, et du regard visionnaire qu’elle porte à sa discipline qu’ils ne comprennent pas. Et l’on peut-être une femme brillante et carriériste, et souffrir de ne pas être mère. Un regret qui la pousse à surinvestir son travail et à transférer son désir de maternité sur son sujet d’étude. Elle est comme nous toutes, sujette à la pression sociale de fonder une famille, dans un monde qui complique aux femmes brillantes surdiplomées la rencontre amoureuse (encore aujourd’hui). Condition qui l’isole et la blesse derrière son masque d’impassibilité. C’est bien la raison principale pour laquelle elle préfère la compagnie des robots à celles des humains. Ils ne sont pas fourbes ou vils, et il ne la juge jamais. Isaac Asimov n’a probablement pas voulu l’écrire de cette façon, mais c’est comme ça que je choisie de l’interpréter, et le récit de la vie du Dr Susan Calvin n’en ai que plus bouleversant.

Barjavel, un misogyne réactionnaire ?

            Et pour finir (parce que ça commence à être long), je vais vous parlez de Ravage. François et Blanche, des provinciaux, montent à la capitale pour trouver du travail. Lui veut travailler dans l’agriculture et elle veut devenir actrice. Il est amoureux d’elle, mais elle a accepté la demande en mariage d’un homme riche, Jérôme, qui va lui ouvrir les portes du showbiz. Quand tout à coup, plus d’électricités. Et la civilisation s’effondre. Mais heureusement, le valeureux François va sauver sa belle et reconstruire un monde meilleur sans technologie. Bon, c’est un monde patriarcal et autocratique mais au moins pas de méchant progrès à la morale douteuse. Certain y voit une satire de l’obscurantisme, d’autre l’écrit d’un collaborationniste (la question n’est pas réglée visiblement). Son récit est ultra misogyne et d’un réactionnaire terrifiant. Sa description du monde moderne est pessimiste et sa vision des gens qui l’habitent est méprisante. Il faut voir la punition que va subir Blanche pour avoir oser rêver de s’émanciper, que ça soit par son fiancé Jérôme ou par son ami François.

            Et c’est en ça que ce roman est passionnant. Je ne connais pas les intentions de Barjavel, mais les hommes qu’il décrit sont TOUS absolument abominables. De par leurs lâchetés, leurs stupidités. Jérôme profite de la faiblesse et du manque de confiance en elle de Blanche pour lui soutirer un mariage. Il est jaloux et possessif et va jusqu’à empêcher François de trouver du travail pour l’éloigner. Quant à François, il est un chef-d’œuvre de représentation de l’homme toxique. Ce mec traite Blanche comme une enfant. Il est arrogant, misogyne, vis le désir de Blanche de devenir indépendante comme une blessure personnelle à son ego. Pourquoi faire carrière quand tu pourrais juste être une bonne épouse ? Il confond amour et possession, et en devient terriblement pathétique. Il est difficile de suivre une histoire qui a pour personnage principal quelqu’un d’aussi antipathique, mais le détester rend cette descente en enfer paradoxalement plus facile à lire. Ce genre de type, il en existe des milliers et je ne doute pas que si la société s’effondre un jour, ils seront là pour nous ramener dans le « droit chemin ». Car cet homme n’est pas juste un problème pour les femmes, mais pour tout le monde. Il étouffe toute créativité, tout progrès. Par peur de la chute, il choisit de ne jamais s’élever. Si ce n’est pas la fin de l’être humain, c’est une certaine idée de la fin de l’humanité.

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