Il y a des projets solo qui portent bien leur nom, et Wise Blood en fait partie, même si le lien avec le roman de Flannery O’Connor dont il emprunte le titre reste à ce jour la spécialité de son créateur. Ce créateur, c’est Chris Laufman, producteur basé à Pittsburgh qui bâtit tout son univers sonore autour du sample, avec une approche suffisamment tordue pour qu’on ne sache jamais vraiment sur quel pied danser. Rat, c’est l’un des deux titres dévoilés avant la sortie de son premier album, id, en 2013 chez Dovecote Records.
Wise Blood, ou l’art de ne jamais choisir un seul genre
Sur id, Laufman ne se contente pas d’empiler des samples au petit bonheur : il construit un objet hybride, quelque part entre pop légèrement psyché, rap nonchalant et cette esthétique cloud-rap qui commençait tout juste à infuser la pop indé du début des années 2010. Le genre de disque qu’on te recommande en citant Beck, Animal Collective, Avalanches et Beastie Boys dans la même phrase, sans que ça sonne comme une blague. Le résultat a d’ailleurs suffisamment marqué les esprits pour grimper en tête des charts de radios universitaires américaines à sa sortie.
Rat : cuivres jazzy et beat hip-hop qui claque
Rat résume bien cette diversité revendiquée. Le morceau marie des cuivres jazzy à un beat clairement hip-hop, construit sur ces techniques de sampling qui font la marque de fabrique de Laufman. Pas de formule magique ni de recette facile à reproduire : juste un sens aigu du collage, la capacité à faire tenir ensemble des éléments qui n’avaient a priori aucune raison de cohabiter.
Le clip : Laufman met le feu (littéralement)
Le clip qui accompagne Rat ne fait rien pour désamorcer le mystère qui entoure le personnage. On y voit Laufman allumer des trucs, boire, danser seul en club, reboire, et jouer avec des couteaux. Une petite typologie d’activités qu’on espère ne pas être son quotidien habituel, mais qui colle parfaitement à l’image d’un producteur suffisamment énigmatique pour qu’on ne sache jamais très bien où s’arrête le personnage et où commence le vrai Chris Laufman.
Et après ?
Wise Blood n’a jamais cherché à capitaliser sur un son qui aurait cartonné une fois pour toutes. Après id, Laufman a pris son temps, produisant notamment un EP pour un autre artiste de Pittsburgh, The Moon Baby, avant de revenir en 2015 avec Cretin’s Club, sa première collaboration vocale avec quelqu’un d’autre que lui-même. Une trajectoire de bricoleur patient plutôt que de carriériste pressé, ce qui, avec le recul, explique sans doute pourquoi Rat garde encore aujourd’hui ce petit parfum d’objet non identifié qu’on a plaisir à ressortir de temps en temps.
Envie de creuser d’autres objets sonores non identifiés ? Direction les archives du blog, et pour continuer à traîner nos guêtres entre deux morceaux, retrouvez-nous chaque semaine dans Des Chips et des Leffes, le podcast qui parle de tout ça avec un peu moins de rigueur et beaucoup plus de bière.



