Wednesday, December 1, 2021

Kintsugi, l’exceptionnel spectacle d’un trio en or

Serge Teyssot-Gay est l’homme des diagonales perdues. L’homme des émotions rédemptrices. Avec le trio Kintsugi, le co-fondateur de Noir Désir repousse les limites de la guitare, et propose un spectacle hallu-attendez-la-suite-cinant.

La question de l’acte (moment précieux)

Il était une fois Kintsugi, un opéra en trois acte.

  • Le chaos (“konton” en japonais). L’histoire du samouraï Yoshitsune chassé par son frère aîné (Chef du clan) jaloux de sa gloire après qu’il l’ait vaincu à la guerre. Yoshitsune s’enfuit sur un bateau qui manque de couler en pleine tempête.
  • La rupture (“ai betsu”). Yoshitsune accoste en territoire ennemi et rencontre Shizuka avec qui il se fiance. Mais il ne peut pas rester et doit s’enfuir en traversant une montagne dont l’accès est interdit aux femmes. Shizuka décide d’attendre son retour.
  • L’espoir (“kibô”). Yoshitsune se fait trahir par ceux qui l’avaient accueilli de l’autre côté de la montagne. Après avoir appris sa mort, Shizuka devient la cible du Chef de clan qui la condamne à mort.
    Celle-ci décide d’interpréter une dernière danse pour exprimer son amour à Yoshitsune. Ému par ce spectacle, le frère aîné décide de lui laisser la vie sauve. Shizuka passera le restant de sa vie fidèle à son défunt fiancé et entretiendra sa tombe jusqu’à la fin de ses jours.

La question des émotions

Alors que nous sommes submergés par des émotions fortes comme la peur, l’angoisse, le malaise, mais aussi par leurs émotions contraires tels que le courage, l’amour, l’espoir, en écoutant cette musique il est curieux d’apprendre que les protagonistes eux-mêmes n’ont pas d’émotions particulières au moment de la création. Du moins, aucune émotion n’influence vraiment leur travail de composition.

Pour autant leur prestation, et notamment celle de Kakushin Nishihara (chant, biwa), est un moment pendant lequel rien n’est caché. D’ailleurs on les entend dévoiler leurs espaces respectifs, leurs univers. Les portes s’ouvrent. S’ils ne parlent pas de communion entre eux, ils soulignent néanmoins leurs prédispositions à s’adapter à l’Autre.

“On ouvrait les yeux, on se demandait “qu’est-ce qui se passe ?!” On passait notre temps à s’explorer, c’était presque… pornographique !” Gaspar Claus (violoncelle).

Kintsugi spectacle teyssot-gay claus et Nishihara

C’est là tout leur effort : répondre avec émotion à l’émotion, faire que l’Autre embellisse sa propre partie, en faire autant que son tour vient.
Le trouble n’est jamais loin et quand la confusion opère c’est toujours pour le meilleur ; on voit leurs visages s’éclairer, ils semblent se demander mutuellement lequel d’entre eux est vraiment en train de jouer cette partie.

La question du style

Là une précision s’impose. Non, l’univers de Kintsugi n’est pas de la musique concrète, encore moins de la musique contemporaine. Ce ne sont nos musiques occidentales qui, par trop de cadres et trop de normes, ont créé notre vertige quand les repères s’effacent. On situe le projet dans un espace hyper-humaniste et hyper-sensible, un choc culturel, un espace entre traditionnel et musique du monde. Jouant de tensions et de calmes, le trio ne ménage ni sa peine, ni ses instruments, ni bien sûr le public.

Question d’être(s) humain(s)

  • Kakushin Nishihara, au chant et au biwa (voir ci-après). Elle est celle sur qui se pose cette magique union du modernisme à outrance et de la plus profonde tradition, cette union qu’on ne peut trouver qu’au Japon d’aujourd’hui tout employé à se demander ce qu’il doit faire de son héritage du Japon d’hier. La preuve en est l’instrument qu’elle utilise, le biwa.

Kintsugi spectacle teyssot-gay claus et Nishihara

  • Gaspar Claus, au violoncelle. L’homme du vent et de la liberté, de la jeunesse éternelle et insolente de facilité (apparente). Passé par la formation classique, c’est un musicien « corporel » qui traite et maltraite son instrument. Quand viennent ensuite les instants de caresses.
  • Serge Teyssot-Gay, à la guitare. Son dossier de presse souligne son attachement à réinventer ses propres gestes, son approche et son langage musical. Un homme tendu, vers la vie, vers les autres.

 

Le biwa

Le corps est entièrement taillé dans un seul bloc de bois dur, piriforme (très rare, provenant d’une seule montagne au Japon) scindé en deux pour être évidé, puis collé. Le manche n’est que le prolongement du corps et comporte trois ou quatre frettes inamovibles et hautes, taillées de sorte que les cordes en soie émettent un buzz à leur contact et qu’il est possible d’obtenir des déclinaisons micro-tonales en les pressant. Le chevillier (la tête) est presque à angle droit comme pour le oud, avec des chevilles traditionnelles imposantes. Le chevalet est imposant et massif. On incruste traditionnellement des morceaux d’ivoire ou d’argent sur la table d’harmonie. (extrait du wiki de l’instrument)

La question du sens – Kintsugi

Le Kintsugi est un art japonais. Comme une chirurgie de l’âme, appliquée aux objets. La technique vise à sublimer, au moyen d’une laque saupoudrée d’or, la réparation d’un objet brisé. Les traces de cette réparation deviennent alors d’harmonieux témoins d’un passé et de l’histoire de l’objet, marquant ainsi son entrée dans un nouveau cycle, sa renaissance au monde.

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Ce spectacle est une histoire japonaise tirée du fond des âges, patinée par les vents, une épopée dans le temps. On y remonte par le cœur en s’accrochant à nos peurs comme fidèles compagnes, abandonnés des repères, abandonnés on l’espère.

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