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WHISKY OR NOT WHISKY #42 / THE IRISHMAN

jeudi 5 décembre 2019 - Commentaires : 7

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Produit par Netflix, The Irishman de Martin Scorcese vient de sortir le 27 Novembre en streaming. D’une durée monumentale de 3h30, ce long métrage a été réalisé à travers le filtre d’une technique numérique récente, le “de-aging”, qui permet de rajeunir des acteurs “séniors” pour les faire jouer des personnages plus jeunes ou leur propre rôle en Flash Back. Bienvenue dans une cure de jouvence vaine et navrante pour un casting ronflant proche de la retraite. Un whisky bien pathétique, avec Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci…

Adaptée d’un roman de Charles Brandt, je ne m’attarderai pas plus que ça sur l’intrigue. En bref, le pitch nous raconte l’histoire (vraie) de Franck The Irishman Sheeran, interprété par De Niro. Ce dernier, au départ chauffeur-livreur, devient petit à petit un homme à tout faire, doublé d’un tueur à gages, qui gravit les échelons d’une mafia locale. Vers la moitié du scénario, Franck rencontre Jimmy Hoffa (Al Pacino), un homme dirigeant l’un des syndicats les plus puissants d’Amérique : The International Brotherhood of Teamsters. Dès lors, le spectateur assiste à un film de mafieux, où pègre et influence politique s’entremêlent dangereusement (Jimmy Hoffa était notamment connu pour son influence sur les gouvernements Kennedy et Nixon).

Nous avons là un énième film de gangsters dans une histoire du cinéma qui est déjà saturée par le style “Noir”. The Irishman est plat, assez neutre, et ne procure pas d’émotion particulière. Il souffre d’autant plus d’une longueur exaspérante. En fait, il s’agit d’un film qui se contente de faire l’effort formel tout en esquivant le fond. Comprenez : cela a l’odeur et la signature d’un Scorcese qu’on a déjà trop vu, qui plus est dans un genre trop souvent revisité.

Si certes la qualité numérique du “de-aging” est bluffante de réalisme, la technique en dit long sur le cinéma en lui-même. Incapable de se réinventer, nous avons l’impression que le septième Art ne crée plus de mythes, ce qui l’oblige à se reposer sur ses figures tutélaires. Cela soulève d’ailleurs une question brûlante : et si les grands acteurs n’existaient plus, contraignant les réalisateurs/trices à devoir rajeunir des “rocs” déjà existant mais vieillissant ?

Très franchement, Robert De Niro m’a rendu triste dans The Irishman. Pendant près de deux heures, son visage rajeuni – qui ne respire d’aucune expression – nous fait l’effet d’un masque de cire. Il contraste d’autant plus avec la stature momifiée du corps raide d’un homme qui a bientôt 77 ans. Fort heureusement, la prestation sincère d’Al Pacino vient péniblement relever le résultat final. Avec talent, ce dernier demeure crédible dans une justesse d’interprétation qui aborde la mégalomanie des self made men sulfureux.

Je m’interroge d’ailleurs sur les véritables intentions de ce film. Que cherche à nous raconter Scorcese ? A mon sens, The Irishman se complait dans la dédicace à des acteurs qui peinent à retrouver une seconde jeunesse. Du moins, les De Niro et autres Joe Pesci ont l’illusion thérapeutique de se découvrir une nouvelle force de l’âge à travers la magie du cinéma numérique.

En synthèse, The Irishman incarne tout ce que je peux rejeter du cinéma à la Netflix. Il témoigne d’une inquiétante uniformisation culturelle, où l’enjeu est de vendre un nombre gargantuesque de productions tout en jouant sur l’argument commercial de la fibre nostalgique. Ne vous détrompez pas : L’objectif est bien de vendre une certaine image iconique de De Niro, celle de Heat ou encore de Casino. C’est une recette facile pour un spectateur qui binge en continu à la fois tout mais aussi n’importe quoi.

Comme dans Terminator Genesys de James Cameron, le but est donc de faire du “Fan Service”. Mais à la manière d’un joueur lambda de Ligue 1, The Irishman reste un concept sur-côté.

J.M.

The Irishman de Martin Scorcese, disponible actuellement sur Netflix

 

 

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  • Après le concert de louanges qui a entouré sa sortie, je suis content de voir que je ne suis pas le seul à être sceptique ^^ https://anotherwhiskyformisterbukowski.com/2019/12/02/whisky-zap-8-5-series-pour-binger-a-la-fraiche/

    Il vient de remporter les prix du meilleur film de l’année, par les critiques new-yorkais et la National Board of Review. Cela en fait officiellement le favori des prochains Oscars.
    Netflix va pousser à mort…

  • On peut dire que c’est tranchant !
    Je partage clairement pas ce point de vue (on peut en causer si tu veux).
    J’ai juste une question (ou une remarque) : je ne comprends pas bien la conclusion, et notamment la dernière phrase. En effet, le reproche qui est fait au film est sa longueur pas forcément adapté à la consommation habituelle de Netflix. La construction d’une série fait que le climax de la fin d’un épisode te pousse vers le suivant ou, du moins, sa construction en chapitrage te fait avaler toute la série. Pour un film, et en particulier celui-là car c’est le sujet, sa narration est construite sur les 3h30 et donc ne se regarde pas comme une série.
    Je sais pas si je suis clair, mais au plaisir d’en discuter !

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