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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

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L’art d’Audiard

mardi 21 juillet 2020 - Commentaire : 0

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Retour en musique sur la filmographie de Jacques Audiard, maintenant disponible en streaming.

Pas facile de se faire un nom. Encore moins un prénom, quand ton père s’appelle Michel Audiard et reste la référence du bon mot qui claque. Michel fut ainsi le dialoguiste de classiques intemporels tels que Les Tontons Flingueurs et Garde à vue, mais aussi un metteur en scène aux titres chantants. Jugez plutôt : “Comment réussir… quand on est con et pleurnichard”, “Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause!”, et surtout “Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages” (spéciale dédicace à ton blog préféré).

Avant de passer à la réalisation à 42 ans, Jacques se sera essayé au montage et à l’adaptation d’ouvrages au théâtre, puis à l’écran. Il adapte ainsi Le Professionnel (film culte avec Bébel), Mortelle randonnée et participe aux dialogues de Grosse fatigue, l’excellent film de Michel Blanc. En 1994, il saute le pas avec Regarde les hommes tomber. Un titre qui pourrait résumer sa filmo tout entière. Le film commence par un écran noir, pendant qu’on entend en off les mots du regretté Jean Yanne. C’est également sa rencontre avec Mathieu Kassovitz et le début de sa prolifique collaboration avec le compositeur Alexandre Desplat.

Dans Un héros très discret (1996), l’un de mes préférés, Kasso joue une sorte de version tordue d’Amélie Poulain. 5 ans avant Nino Quincampoix, il brosse un personnage qui a perdu un de ses parents et vit dans un monde fait de contes et d’affabulations. Sauf qu’il ne cherche pas à aider les autres, mais à se sauver lui-même dans la France de l’immédiate après-guerre où les collabos d’hier croisent les héros du jour. Desplat reçoit sa première nomination aux César.

Suit alors une période de courts-métrages et de clips, notamment pour Noir Désir et Alain Bashung (“La nuit je mens”, évoquée dans un épisode de notre podcast Un pitch dans ta poche)

Sur mes lèvres (2001) marque son retour au long-métrage, avec pour la première fois un personnage principal féminin. Le handicap de Carla (elle est malentendante) l’empêche de se fondre dans le décor, jusqu’à ce qu’elle le tourne à son avantage lors d’une combine avec Paul le loubard. Le travail sur le son est justement récompensé d’un César. Alexandre, lui, loupe la statuette : cette année-là, personne ne pouvait battre Yann Tiersen.

La musique joue un rôle crucial dans De battre mon coeur s’est arrêté (2005), puisqu’il s’agit pour le personnage de Romain Duris de s’affranchir du père et ses combines véreuses pour rejoindre feu sa mère, pianiste d’exception. La musique reçoit un Ours d’argent au festival de Berlin et un César, le premier de la carrière de son compositeur.

Dans Un Prophète (2009), peut-être ma partition préférée de Desplat pour Jacquot, il s’agit moins d’enjoliver ou dramatiser les situations que de les nourrir par l’essence même des mélodies. Le personnage de Malik (Tahar Rahim) est une page blanche, un héros dramatiquement anti-héros. Il se définira par son contexte, puis par les mélopées d’une B.O. éclectique qui convoque aussi bien Nas, que Koudlam et Talk Talk.

En 2011, Audiard accompagne le chanteur Raphaël le temps d’une tournée.

On redescend un peu avec De Rouille et d’Os (2012) mais qui, va savoir, vaudra à Desplat le 2e César de sa collaboration avec le cinéaste. Son utilisation du “Firework” de Katy Perry montre bien la capacité d’Audiard à mêler le cérébral à  l’ultra-populaire.

Sur le papier, Dheepan (2015) a tout du prototype casse-gueule. Deux inconnus non-francophones dans les rôles principaux, et deux artistes d’à peine 30 ans derrière l’écran : Éponine Momanceau à la photo et Nicolas Jaar à la B.O. Une volonté de renouveau, avec en même temps l’utilisation du classicisme de Vivaldi. Et au bout du compte : la Palme d’or.

Comme beaucoup de cinéastes avant lui, Jacques profite alors de son triomphe pour réaliser son premier film américain : Les frères Sisters (2018). Il embarque pour l’occasion son équipe habituelle et utilise une B.O. dissonante, à l’image de son duo de héros paumés.

C’est l’utilisation (géniale) du “Cold, Cold Ground” de Tom Waits dans la non moins géniale série d’Eric Rochant Le Bureau des Légendes (2020) qui parachève un récit épars et une carrière jusqu’ici exemplaire. 5 saisons d’infiltrations, de secrets et de tempêtes intimes, et des retrouvailles avec Mathieu Kassovitz qui se terminent par deux grands épisodes signés Jacques. En attendant la suite de l’oeuvre du maître : la rumeur parle d’un film musical.

Intégrale Jacques Audiard sur OCS & Intégrale “Le Bureau des Légendes” sur myCanal

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