Il y a des morceaux qui marquent leur époque, et puis il y a ceux qui façonnent tout ce qui vient après. Amen Brother de The Winstons appartient clairement à la seconde catégorie. À l’origine, pourtant, ce n’était qu’une face B, planquée derrière Color Him Father.
Sorti en 1969, Color Him Father est un hommage lumineux, porté par une soul chaleureuse, presque gospel, célébrant la figure paternelle avec une douceur désarmante. À 1’26 de Amen Brother, la musique se retire. Ne reste que la batterie de Gregory C. Coleman. Quatre mesures. Un break brut, syncopé, imparfait, vivant. Si j’ai bien compris, il voulait allonger le morceau. Cet allongement de morceau a permis de créer des genres musicaux et de donner naissance à des titres que tu connais.
Ecoute, c’est à 1.26 environ
À partir des années 80, ce break va être découpé, accéléré, ralenti, filtré, haché, jusqu’à devenir la pierre angulaire du hip-hop, du jungle, de la drum & bass, du breakbeat, du hardcore rave, et même de la pop.
De N.W.A à Aphex Twin : une filiation invisible
Public Enemy, N.W.A, Mantronix, Futurama, Salt’n pepa, 2 Live Crew… puis plus tard Goldie, Roni Size, Squarepusher, Prodigy, Aphex Twin. Tous, à leur manière, ont convoqué le Amen Break, the best drum loop ever. Parfois reconnaissable immédiatement, parfois totalement méconnaissable. Sur whosampled, il compte 7221 titres ou ce petit moment de batterie a été utilisé et samplé. IMAGINE.
Et pourtant le break le plus utilisé de l’histoire n’a presque rien rapporté à ses créateurs. Gregory C. Coleman est mort en 2006 dans l’anonymat et la précarité. Une histoire tristement emblématique des angles morts de la culture du sample. Alors moi je dis, plutot que d’appeler ça le Amen Break, on dit le Coleman break, rien que pour lui rendre hommage, rien que pour les 7221 titres qui ont pu être créé grace à lui, il mérite, non ?