Ah, « c’était mieux avant ». Le mantra des boomers, des puristes du vinyle et des amateurs de rock qui pensent que tout s’est arrêté avec Nevermind. Pourtant, cette rengaine qui revient plus souvent qu’un riff de Status Quo est un beau mensonge, un mirage entretenu par la nostalgie et un algorithme mental foireux.
La nostalgie, cette grosse arnaque cognitive
Notre cerveau est une belle feignasse. Il adore lisser les souvenirs, supprimer les scories et nous faire croire qu’avant, tout était plus authentique, plus puissant, plus réel. En réalité, si on rembobine honnêtement la bande, on se rappelle que dans les années 70, il n’y avait pas que Led Zeppelin mais aussi des tonnes de morceaux disco sans saveur. Les 80s, c’était pas juste The Cure et Talking Heads, c’était aussi Modern Talking et des solos de saxophones kitschs. Chaque époque a son lot de chefs-d’œuvre et de daubes intersidérales (que je ne citerai pas).
L’illusion du filtrage sélectif
Quand on dit que la musique était mieux avant, c’est souvent parce qu’on ne retient que le meilleur. On a élagué les merdes de l’époque, celles qui encombraient les tops et qui ont disparu comme des wizz sur MSN (tu t’en souviens hein ?). Aujourd’hui, on a tellement de choix qu’on est noyé sous les sorties, et on oublie que l’avant-goût de la nostalgie, c’est le temps. Dans vingt ans, on dira que 2024, c’était incroyable parce qu’il y avait Idles, Sault et Fontaines D.C., en oubliant les vagues de pop insipide et les influenceurs qui chantent faux.
Plus de musique que jamais, et surtout, plus accessible
Si tu es convaincu que la musique d’aujourd’hui est fade, c’est que tu cherches mal. Entre Bandcamp, les playlists obscures et les réseaux d’artistes indés qui sortent des bangers chaque semaine, on n’a jamais eu autant d’accès à des trucs incroyables (j’en ai même fait une série d’articles que tu peux lire si tu veux). Oui, le mainstream est souvent calibré et insipide, mais c’était aussi le cas avant. Pour un Nirvana, combien de groupes grunge interchangeables ? Pour un Beatles, combien de boys bands oubliables ? L’évolution de la musique prouve que chaque époque a ses pépites et ses ratés (et souvent beaucoup de raté).
Pourquoi cette rengaine persiste encore aujourd’hui ?
Parce que c’est rassurant. Parce que critiquer la nouveauté, c’est une posture facile. Parce que c’est plus simple de dire « c’était mieux avant » que de faire l’effort de chercher ce qui tabasse aujourd’hui. Mais la vérité, c’est que la musique continue d’évoluer, de se réinventer, et d’être aussi exaltante qu’avant. Il suffit juste d’avoir un peu de curiosité.
Alors, c’était vraiment mieux avant ?
Éteins Nostalgie, plonge dans les tréfonds de SoundCloud ou écoute des chips et des leffes. Parce que la bonne musique, elle n’a jamais disparu. C’est juste toi qui ne la cherches plus vraiment.
Albert Bohr
Je ne partage pas cette analyse.
je pense qu’il y a un réel nivellement par le bas. Le Rap mouvement musical venant de la rue, de couches sociales défavorisées, s’est répandu en parallèle de l’appauvrissement d’une partie des populations dans les pays occidentaux. Les mouvements undergrounds, rock psychédélique et progressif, ont disparus et ont été remplacés par une musique à base de semples. Parcourir sur un fournisseur de musique en ligne français une playlist « les morceaux du moment » est édifiant. 1 morceau sur 2 est une reprise totale ou partielle (et rarement avec un apport artistique flagrant). Quand aux autres, ce sont souvent des rythmes répétitifs entendus et réentendus sans structure musicale intéressante ou novatrice. Bref, c’est à vous dégoûter et à vous encourager à écouter du jazz ou du classique.