Il y a des morceaux qu’on croise sans les chercher, glissés au milieu d’un EP qu’on avait ouvert pour une tout autre raison, et qui finissent par squatter la tête plus longtemps que prévu. Water Boycotter, c’est exactement ce genre de rencontre. Deux minutes seize de Chill Bump, planquées en piste 4 de Starting From Scratch, sorti en 2012. Pas un tube, pas un single, juste un petit bout de disque qui fait ce qu’il a à faire sans lever la main pour se faire remarquer.
Chill Bump, le duo qui n’a jamais couru après le bruit
Pour ceux qui débarquent : Chill Bump, c’est l’histoire de deux potes de lycée qui avaient chacun tenté leur carrière solo avant de se rendre compte que ça marchait mieux à deux. Miscellaneous au micro, emcee américain à la plume précise, et Bankal aux machines, beatmaker français basé à Tours. Formé en 2010, le duo construit patiemment son univers EP après EP, quelque part entre le boom-bap old school, l’électronique expérimentale et une bonne dose de soul samplée avec soin. Le genre de son qui a suffisamment convaincu Wax Tailor et C2C pour leur ouvrir la scène, ce qui n’est déjà pas rien dans le petit monde du hip-hop instrumental hexagonal.
Starting From Scratch, l’EP qui porte bien son nom
Starting From Scratch sort en 2012 et fait ce que son titre annonce : ça recommence à zéro, ça pose les bases, ça teste des textures. C’est le genre de disque qu’on écoute aujourd’hui avec un œil différent, en sachant ce que Chill Bump allait devenir juste après avec des projets plus ambitieux comme Ego Trip. Ici, on est encore dans la phase artisanale, la maquette qui sent bon le home studio et les samples chinés avec patience.
Water Boycotter, deux minutes qui ne cherchent pas à convaincre
Avec sa durée courte et sa position en milieu de tracklist, Water Boycotter a tout du morceau de transition, de ces pièces qu’un duo pose entre deux titres plus frontaux pour respirer, changer de texture, laisser l’auditeur digérer ce qui précède avant d’attaquer la suite. C’est typiquement le genre de format qu’affectionne la scène trip-hop et boom-bap instrumental dont Chill Bump se réclame : un titre qui ne cherche pas à cocher toutes les cases d’un morceau « complet », mais à installer une ambiance, une respiration, un moment suspendu dans le déroulé du disque.
Le titre en lui-même a ce petit côté absurde et pince-sans-rire qu’on retrouve souvent chez les duos hip-hop qui ne se prennent pas trop au sérieux dans leurs intitulés, tout en gardant une exigence sonore réelle derrière. Un « boycotteur d’eau », ça ne veut rigoureusement rien dire, et c’est justement ce qui fait sourire : la promesse n’est pas dans le sens littéral du titre, elle est dans la texture du morceau lui-même.
Pourquoi creuser un titre aussi confidentiel
Parce que c’est précisément ce genre de morceau qui raconte le mieux la trajectoire d’un groupe. Pas le single qui cartonne, pas le morceau qu’on ressort pour l’interview promo, mais la petite pièce discrète d’un EP de développement, qui contient déjà en germe tout ce qui fera la patte du duo plus tard : la précision du sample, le refus de la facilité, l’attention portée à l’espace entre les notes. Aller chercher Water Boycotter aujourd’hui, c’est un peu se donner le plaisir d’écouter Chill Bump avant que Chill Bump ne sache complètement ce qu’il allait devenir.
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