Clogs – The Sundown Song, le slow du crépuscule

 

Il y a des morceaux qu’on met en playlist pour se donner une contenance devant les copains, et il y a « The Sundown Song », qu’on écoute seul, lumière tamisée, en faisant style qu’on a une poussière dans l’œil. Bienvenue chez Clogs, le groupe qui a décidé qu’un ukulélé baryton et un chœur d’amateurs australiens suffisaient largement à nous achever.

Pour les nouveaux venus : Clogs, c’est le projet quasi instrumental de Bryce Dessner (oui, celui de The National, qui a visiblement du temps libre entre deux stades remplis) et de l’Australien Padma Newsome, ancien violoniste du Sydney Symphony reconverti en songwriter après un détour improbable par un ashram. Complétés par Rachael Elliott au basson et Thomas Kozumplik aux percussions, ils ont sorti cinq albums depuis 2001, dont le très remarqué The Creatures in the Garden of Lady Walton en 2010, avec Sufjan Stevens et Matt Berninger en featurings de luxe.

Sauf qu’en 2013, plus de guests, plus d’arrangements savants : Newsome rentre chez lui, à Mallacoota, un des bleds les plus isolés de l’État de Victoria, et enregistre trois chansons quasiment seul avec sa baryton ukulélé. Le résultat s’appelle The Sundown Song EP, et la chanson-titre en est le cœur battant : voix posée, choeur communautaire de Mallacoota en renfort discret, et des paroles qui tournent autour du temps qui file  le soleil qui se lève, qui se couche, les aiguilles qui tournent, et cette envie de rester quand même, « avec toi », pendant que tout le monde va et vient.

C’est dédié à une certaine Naomi Gordon, ça pioche son inspiration du côté de Carson Robison et Ian Hobson, et honnêtement on s’en fiche un peu des références tant le morceau fonctionne à l’instinct : une poignée d’accords, une mélodie qui ne cherche jamais à en faire trop, et cette manière si particulière qu’a Newsome de chanter comme s’il chuchotait un secret à quelqu’un de très proche. Pas de grand crescendo, pas d’artifice, juste ce genre de slow qu’on danserait volontiers seul dans sa cuisine, verre à la main, en repensant à des gens qu’on n’a pas su retenir.

Et c’est bien tout le sel de cette dernière sortie de Clogs : un groupe capable de jouer avec Steve Reich au Barbican ou de servir de backing band aux Books en live choisit, pour clore ce chapitre, de tout ramener à l’os. Pas de démonstration, pas de name-dropping, juste trois chansons sur la mortalité et les fins douces-amères, portées par une poignée de voix bénévoles dans un village au bout du monde. Ça n’a l’air de rien, et pourtant ça reste en travers de la gorge un bon moment après l’écoute.

D’autres pépites planquées à retrouver du côté de l’archive paillettes, et pour causer musique à l’oral plutôt qu’à l’écrit, direction Des Chips et des Leffes.

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