Dédé à travers les brumes, les colocs et le français, une idée du Québec

À travers les brumes, comme il est doux, de voir naître l’étoile (depuis le Québec)

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André Fortin, dit Dédé outre Atlantique, a cristallisé autour de lui un élan, comme une révolution culturelle qui n’en était pas une mais aurait dû l’être, une génération de jeunes gens aux devenirs divers (tantôt artistes, politiques, professeurs, écrivains, rappeurs), a largement brillé, inspiré, ensorcelé, puis s’est fait Hara-Kiri. Avec lui cet élan s’est lentement éteint.
Reste ces albums, mais pas que. Explications.

Dédé.
À travers les brumes, comme il est doux, de voir naître l’étoile.
En référence à Baudelaire, Dédé avait écrit ça pour dire que malgré les misères, un monde d’amour était possible.
D’autres ont dit qu’il parsemait ses derniers textes de bouts de testament avant son suicide. Mais ça, je ne saurais dire. Peut-être, après tout… Peut-être même que quand il écrivait « Dehors Novembre », il parlait de lui. On a déjà vu ça ailleurs.

« L’harmonica c’est pas un violon, c’est pas éternel
Et pis ça pleure comme si c’était conscient de son sort
D’ailleurs ce soir je me permets de pleurer avec elle
J’attends un peu, chus pas pressé j’attends la mort »

Mais sa fulgurance, son talent, son rayonnement local et francophone, sa trajectoire a autant promu qu’éclipsé. Difficile de se faire une place à ses cotés dans les cœurs des fans. Mais aisé d’aborder d’autres arts à l’écoute de son groupe. On pense à la danse et au théâtre, deux arts qui ont toujours gravité proches de la zone d’influence des Colocs. Les arts graphiques et la communication ont d’ailleurs fini au service du combat politique qu’a longtemps mené Dédé Fortin en faveur d’un Québec souverain. Oui c’était sa cause. Fut-ce sa perte ? Rien n’est moins sûr. Mais ça l’a affecté, à minima.

Portée à l’écran en 2009, sa vie fut courte mais bien remplie. Ça sonne façon « sous-titre », écrit comme ça, je sais. Je n’encourage pas le téléchargement mais devant les difficultés pour trouver une offre légale, c’est compliqué de faire autrement. Un film en forme de cadenas qui saute. Rempli d’histoires brèves aux conséquences lourdes. De rencontres qui bouleversent. De petits trucs qui paient pas de mines mais qui révèlent plus qu’une diseuse. Plus qu’un film, c’est une pièce à la mémoire de cette génération, de cette révolution culturelle tuée dans l’œuf. Cerise sur le gâteau : le film est avant tout pour la cause sensible, non pour la propagande (totalement absente, serais-je tenté de préciser).

« Mais j’suis heureux parce que je meurs l’esprit tranquille
J’vais recommencer mon autre vie d’la même façon
J’vas avoir d’l’instinct j’vais rester fidèle à mon style
L’entente parfaite entre mon coeur et ma raison »

Entres autres choses, j’ai découvert des survivants de cette vague. D’ailleurs, un des protagoniste se trouve être Dédé à l’affiche du film. Il s’agit de Sébastien Ricard, officiant au sein des Loco Locass, trio hip-hop québécois fondé en 95 et toujours actif. Fervents défenseurs de la langue française dans un pays où deux langues sont officielles, les Locass sont pire que don Quichotte dans le genre engagés à peine perdue. Mais qu’à foutre. Ils lyrics à mort, ils mixettent, ils punchlinent à tour de mains. Humour, colère, espoir. No drugs, no women, no sex. Une autre idée du respect, s’tu veux… Parmi toute chose, je ne saurai trop vous conseiller la vidéo qui suit.

 

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