Father’s Children, la pépite soul que j’ai failli rater

Father's Children

Y’a des trouvailles qui sentent le vieux carton de déménagement et qui valent quand même de l’or. Celle-ci, elle est belle : un album soul entier, enregistré en 1972, resté planqué depuis dans un garage de la banlieue de Washington D.C. parce que personne n’avait de quoi payer la note du studio. Il s’appelle Who’s Gonna Save The World, le groupe s’appelle Father’s Children, et il sort enfin le 26 juillet.

Father’s Children, la trouvaille soul

Father’s Children, à la base, c’est une bande de gamins de Washington qui chantent du doo-wop dans les clubs de quartier. Le temps passe, les influences bougent, et le groupe finit par se transformer en machine à funk-soul carrée : trois chanteurs devant, une section de cuivres qui pourrait faire trembler les murs, et suffisamment d’ambition pour enregistrer un album complet en 1972. Sauf que la facture du studio, personne ne peut la régler. Résultat : les bandes maîtresses restent séquestrées, direction le garage, et le groupe doit attendre 1979 pour sortir un disque chez Mercury — plus lisse, plus calibré pour l’époque, qui passe complètement à la trappe.

Pendant ce temps, les vraies bandes de 1972 dorment. Pas dans un coffre climatisé, non : dans un garage, entre la tondeuse et les cartons de Noël, pendant près de quarante ans. Ça aurait pu s’arrêter là, anecdote de plus dans le grand cimetière des disques qui n’ont jamais existé. Sauf qu’un historien de la musique de DC, du genre à fouiller les bacs plutôt que les encyclopédies, finit par tomber sur un 45 tours qui ne colle pas avec le son de 1979. Trop brut, trop habité, trop tôt. L’enquête remonte jusqu’au fameux garage, et c’est le label Numero Group — les champions toutes catégories de l’archéologie musicale improbable — qui remet la main sur les bandes et leur offre enfin une sortie officielle.

Et franchement, en tombant sur Everybody’s Got A Problem, je me dis qu’on est passé à côté d’un classique pendant presque quatre décennies. C’est exactement le genre de morceau qui aurait dû tourner en boucle sur les radios FM à l’époque : groove qui ne lâche rien, harmonies vocales à donner des frissons, cuivres qui arrivent pile au bon moment pour te cueillir. On sent l’influence d’Earth, Wind & Fire et des grosses formations funk du début 70s — Mandrill, War — sauf que Father’s Children n’a jamais eu la carrière qui va avec le talent. Juste la malchance, une facture impayée, et près de quarante ans d’attente.

Ce qui me fascine dans ce genre d’histoire, c’est le vertige temporel : on va écouter dans quelques jours un disque qui aurait dû sortir sous Nixon, avec des oreilles qui n’ont jamais pu être façonnées par lui puisqu’il n’existait pas encore officiellement. Who’s Gonna Save The World n’a influencé personne, littéralement. Et pourtant, à l’écoute, ça sonne comme une pièce manquante évidente dans la généalogie de la soul américaine — le genre de chaînon qu’on aurait cité pendant des années si le disque avait eu la chance de circuler à l’époque.

Bref, note le 26 juillet dans un coin, et en attendant, direction l’archive paillettes pour d’autres résurrections improbables — et n’oublie pas ton rendez-vous du côté de Des Chips et des Leffes, où on cause aussi de ces disques qui mettent des années à trouver leur public.

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