INTERVIEW : Howlin banana Records, la banane avant tout !

Howlin Banana Records

Patron du label Howlin Banana Records, ancien programmateur à l’International (Paris) et à ce jour au Chinois à Montreuil, le couteau suisse de l’indé en France, Thomas Picton, sévit plus de 10 ans.
Rencontre avec un des acteurs phare de cette scène. 

// Salut Tom Quel est ton parcours ?
D’où viens tu et qu’est-ce qui t’a lancé dans cette aventure de « Patron de label » ? 

Tom: En fait un peu par hasard. J’ai fait des études d’Histoire et puis j’ai senti que c’était pas trop pour moi. J’ai bifurqué à la dernière seconde sur une licence pro de gestion des structures musicales. Je savais pas trop ce que je voulais faire dans la musique mais en tout cas plus que des études d’Histoire. Pendant cette licence pro qui a duré un an, j’ai fait 6 mois d’études et 6 mois de stage, c’est à ce moment-là qu’a émergé l’idée de monter un label. Honnêtement ça aurait pu être une asso pour organiser des concerts, tout ça. C’est tombé sur un label parce qu’il se trouve qu’à cette époque-là et encore aujourd’hui j’écoute la musique beaucoup en fonction des labels. Je me disais qu’en France il y a peut-être quelque chose à faire là-dessus. J’écoutais pas mal de garage rock à l’époque, j’en écoute encore beaucoup. Mais à l’époque il y avait une scène garage en France qui était très intéressante. Je n’avais aucune vision en tête si ce n’est de sortir un 45 tours d’un groupe pour savoir si ça pouvait marcher.

 

// Tu as été stagiaire dans un label anglais aussi qui s’appelle « Dirty Water » ? 

Tom: Exactement ! Une fois qu’a émergé l’idée de monter ce petit label, je me suis dit bah autant faire un stage dans un label.
J’étais allé chercher « Dirty water » qui était un label coup de coeur, à Londres. Il n’est plus trop actif aujourd’hui mais à la fin des années 2000 jusqu’au tout début 2010, il était très actif avec beaucoup de sorties à travers le monde. J’ai eu la chance de bosser 6 mois avec eux. 

// C’est une histoire qui a plus de 10 ans et tu as commencé vers 2011. 

Tom: Oui c’est ça, j’ai monté le label en 2011 et sorti mon premier disque en 2012. Le temps de mettre les choses en place tout ça. 

 

// Comment se sont passés les débuts, est ce que ton stage à Londres t’avait fourni assez d’armes ou au contraire tu te lances un peu dans l’inconnu ?

Tom: Un peu des deux. J’ai quand même appris quelques trucs. Après c’était dans un autre pays et « Dirty Water » avait déjà une belle assise. Il y avait un mélange de tout ça avec quelques improvisations. J’avais contacté quelques labels en France aussi pour savoir comment ça marchait. Puis je me suis débrouillé avec ça. 

// Tu as déclaré chez nos amis de « Gonzai » :
« Mon but avec ce label c’est de me toucher moi quand j’avais 15 ans. »Est ce que c’est toujours le cas ? 

Tom: Oui il y a toujours un peu de ça. J’ai grandi en Picardie dans un tout petit village, éloigné de tout. Y’avait pas de disquaire, pas de salle de concert à part la fête de la musique. Dans la musique de niche il y a toujours un peu élitiste, ce coté « entre-soi ». J’ai toujours eu envie à l’inverse, de diffuser au maximum des groupes de niche pour essayer d’aller toucher ce public qui n’y a pas forcément accès, parce que ça ne passe pas à la télé , parce que ça ne passe pas sur les radios nationales…
C’est toujours une envie que j’ai. 

// On va parler de la longue liste d’artistes qui sont chez toi, Violent Sadie Mode, chest.,  Loons, Avee Mana, Dewee, Don Dias, The Spitters… pléiade d’artistes qui sont talentueux, qui avancent plutôt bien dans leurs parcours professionnels et qui durent dans le temps.
Comment trouves tu les artistes et comment les accompagnes tu avec Howlin banana ? 

Tom: C’est un faisceau de pleins de choses. Mon métier à coté c’est d’être programmateur dans une salle de concerts (Avant à « l’Internationale » sur Paris 11ème à ce jour au « Chinois » à Montreuil). Je reçois beaucoup de groupes. Il y avait déjà ce biais là pour découvrir des groupes. J’en vois passer beaucoup. Les groupes du label me tiennent au courant quand ils jouent avec d’autres groupes. Ils m’envoient un petit message quand il y a des choses interessantes à aller écouter ou regarder.
Il y a une belle connexion entre eux et moi. Je suis pas mal la presse spécialisée aussi. 

 

// Tu épures aussi les réseaux comme « Bandcamp » par exemple ? 

Tom: Je cherche pas trop sur Bandcamp en revanche c’est mon mode d’écoute principal je pense. C’est mon premier réflexe.
Après pas mal de bouches à oreilles et les réseaux sociaux aussi, instagram… 

// Est ce que tes deux métiers ne se mangent pas l’un l’autre ? 

Tom: Non je ne trouve pas. Il y a une bonne synergie entre les deux. Il y a le facteur temps quand même à prendre en compte c’est assez chronophage l’un comme l’autre. Mais dans l’ensemble ça se complète assez. L’avantage de la salle c’est de découvrir des groupes très tôt sur scène et quand tu sors un disque ça permet aussi de savoir ce que ça vaut en live tout simplement. Je choisis aussi pas mal de groupes qui jouent dans la salle où je travaille. 

// On a un peu l’impression avec Howlin banana qu’il y a un esprit famille, très club ouvert. 

Tom: Oui je vois le label plus comme un groupe de personnes plutôt qu’une collection de disques. L’humain compte beaucoup pour moi et ça compte beaucoup dans les choix que je fais de travailler ou non avec des gens. J’accorde pas mal de temps aussi à les regrouper dans des concerts, j’organise des soirées, je les invite à s’échanger des conseils etc etc. Ça à une part importante dans le développement du label.

// Tu as un crédo assez DIY dans les groupes qui sont dans le label. Que représente ce courant alternatif musical ? 

Tom: Le DIY ça dépasse l’aspect purement musical. Ça infuse dans toute la façon d’aborder le secteur musical.
Je travaille avec pas mal de partenaires certes mais j’aime ce fit de bricoler. J’encourage les groupes à ne pas attendre d’avoir un tourneur pour jouer, faire des créations soi-même. Pas attendre les solutions toutes faites. Le rôle de l’indé c’est d’inventer de nouvelles choses. Ça dépasse le coté musical.

// On va parler un peu de ce logo très cartoonesque qui a été fait par un illustrateur américain, Darren Merinuk. Tu nous en touches un mot ? 

Tom: Tu as tout juste. En fait cet illustrateur avait réalisé le logo d’un autre label « Screaming Apple » qui est un label allemand. J’ai un peu chouré le concept (Rires). Je les connaissais un peu. Je leur avais demandé leur autorisation.
Je voulais faire un truc avec une banane. C’était clairement une référence à ce label. Je trouvais ça marrant.

// On parlait du Royaume-Uni et de ton stage en Angleterre.
Est ce que tu remarques une différence entre nos deux pays pour ce qui est des labels et de la culture musicale en général ?

Tom: Le sentiment que j’ai aujourd’hui c’est que le tissu DIY est beaucoup plus fort en France. Les groupes indés anglais vont passer plus de temps avant de sortir un album. Ils vont faire des singles et passer du temps avant de se faire remarquer par les maisons de disques ou à sortir des trucs en autoproduction. Il y a moins de labels indés et d’acteurs DIY en Angleterre.
Les groupes français sortent beaucoup plus vite des albums parce qu’il y a des structures pour les accompagner. Il n’y a pas la même compétition aussi et je trouve qu’aujourd’hui la scène française est au même niveau que la scène anglaise.

// C’était justement ma prochaine question il y a ce coté rock indé qui était assez niche il y a une paire d’années qui se développe de plus en plus maintenant et avec de la qualité. 

Tom: On a une des meilleures scène en Europe au moins. Forcément les US de part la taille sont hors compétition. Mais en Europe en tout cas, on ne fait pas du tout tache. Pas que les artistes d’ailleurs, le tissu, tout le milieu est de qualité. C’est assez riche en France aussi en terme de diversité. Du post punk, du garage, du crank wave, du shoeagaze, de la power pop…
On a pleins de micros scènes.

 

// Pourquoi c’est toujours un peu difficile quand on fait du rock en France d’être diffusé sur des radios ou à la télévision ? 

Tom: Je pense que c’est juste une histoire. En Angleterre il y a une vraie culture du rock. Donc les médias sont constamment en attente. En France on cherche pas. C’est plutôt l’inverse même. Les médias n’attendent pas trop du rock sauf quand c’est validé à l’internationnal. On parlait de chest. Tout à l’heure en 2025 ils ont été dans les 100 meilleurs groupes à suivre dans le magasine NME. Ça leur a donné une lumière toute particulière même si je pense qu’ils allaient être dans la lumière très rapidement. Ça change aussi avec la nouvelle génération. Depuis 15 / 20 ans la nouvelle génération se remet à écouter du rock. Le numérique a aidé un peu aussi. On consomme la musique différemment.

 

// Comment te positionnes-tu face aux gros labels ? Est ce que ça a été difficile à tes débuts face aux grosses majors ? 

Tom: Honnêtement je ne fais pas partie du même monde. Je suis clairement en parallèle. Je suis dans une sphère à part.
Alors oui pendant le covid lorsque tout était arrêté on a été un peu impacté. Les gros labels pressaient du Adèle au kilo (Rires).
Mais ça reste ponctuel. Je ne me fais jamais la réflexion. C’est un monde à part. 

// Quelles sont les prochaines signatures, sorties ? 

Tom: Pas trop de signature jusqu’à l’été je pense. Il y a le nouvel album de Pop Crimes qui sortira le 24 avril prochain. Il est très chouette.

« HOWLIN BANANA RECORDS »
site officiel: http://www.howlinbananarecords.com/

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