La Nuit des Temps de Barjavel, une belle histoire d’amour éternel

La Nuit des Temps, un classique de la science-fiction et une belle histoire d’amour éternel, par René Barjavel.

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Bonjour et bienvenue dans « un dernier livre avant l’apocalypse nucléaire », la chronique littéraire bimensuelle pour bien choisir ses lectures en attendant la mort dans d’atroces souffrances.

L’apocalypse nucléaire arrive et vous ne savez plus quoi lire ?

L’escalade de la violence conduira bientôt à la guerre en « nuke rain », et vous êtes en quête d’un bon bouquin ?

L’horloge de la fin du monde est à minuit moins une seconde et vous ressentez le besoin d’une lecture solide, puissante, et réconfortante ?

Pas de panique, nous sommes là pour ça. Cette semaine : la Nuit des temps de René Barjavel.

 

Demandez donc à un ado d’aujourd’hui s’il connaît Barjavel. Il vous répondra immanquablement qu’il « croit que sa mère la range dans le placard sous l’évier avec les autres produits ménagers », avant de retourner faire des Tik-Tok en écoutant Jul ou Naps. Triste époque.

Sans déconner : ne laissez pas vos produits d’entretien à portée d’enfants. C’est dangereux.

(Ceci était un message de prévention des risques d’accidents domestiques financé avec le concours de la région Poitou-Charentes)

René Barjavel (1911 – 1985) est un écrivain populaire, précurseur de la SF française moderne.

(La science-fiction dans l’Hexagone c’est pourtant simple : c’est Jules Verne, René Barjavel, Alain Damasio et Élisabeth Borne. Point barre).

La nuit des temps (1968) est un roman en deux parties. La première moitié évoque une découverte spectaculaire lors d’une expédition scientifique en Antarctique* qui va remettre en cause une bonne partie des croyances de l’humanité ; la seconde relate une histoire d’amour à l’origine de cette découverte. Et je m’en tiendrai là pour ne pas vous spoiler la lecture.

(*Grâce à mon professeur de CE2, je sais que l’Antarctique est bien évidement au pôle sud, parce qu’il y a plus de lettres que dans l’Arctique, et comme les si n’aiment pas les rais… Euh … enfin … hem hem… non… attendez, y avait un truc … ça va me revenir …)

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce livre ne traite donc absolument pas du tissu, alors qu’on sait pertinemment que son origine « remonte à la nuit des temps ».

Barjavel est un conteur hors pair qui tient le lecteur en haleine à tel point qu’il est parfois difficile de poser le livre. Et quand on arrive enfin à arrêter la nuit des temps, le temps de la nuit est généralement assez court…

Son sens de la narration combiné à un grand talent pour la description des découvertes scientifiques font tout le succès de la première partie ; la deuxième partie, centrée sur l’histoire d’amour, est selon moi un peu moins réussie à cause de sa vision quand même assez « enfantine » de l’amour idéal (mais interrogez ma femme, elle vous répondra que c’est parce que je n’ai pas de cœur, alors que pourtant j’ai pleuré à la mort de Mufasa dans le Roi Lion ! à chaque fois !!! et pas plus tard qu’hier encore !! la preuve !!) et de la connaissance que le lecteur a de la fin de cette histoire. Fort heureusement, Barjavel, en vieux roublard de la littérature populaire, et qui sait comment bien raconter des histoires, a su garder quelques « tricks » d’auteur dans sa banane pour soigner l’épilogue de son roman.

Le roman contient de nombreuses scènes très cinématographiques. Bernard-Henri Wikipédia, le plus grand philosophe du XXIème siècle (il sait encore plus de choses qu’Akinator) nous apprend que c’était à l’origine un scénario pour André Cayatte, mais que le film ne s’est pas fait. Barjavel l’adaptera donc en roman, avec un succès phénoménal qui lui permettra de relancer sa carrière d’écrivain un peu en standby depuis les années quarante.

On peut trouver étonnant qu’il n’ait jamais été adapté au cinéma depuis, ou même en série. Que fait Monsieur Netflix quand on a besoin de lui ? Personnellement, je verrai bien un Christopher Nolan ou un Denis Villeneuve, ou un James Cameron mettre la main à la pâte (et ça tombe bien je sais de source 100% non-fiable que tous les trois me lisent régulièrement. Coucou les mecs !)

Bien sûr, le propre des récits de science-fiction est de décrire un monde alternatif pour mieux souligner les désordres de notre réalité présente (Hé Zantrop, y a une porte ouverte là-bas, tu voudrais pas aller l’enfoncer stp ?). Ce qui était vrai à l’époque de la parution du bouquin ne l’est que plus aujourd’hui.

Car l’œuvre baigne dans un contexte de guerre mondiale, d’affrontement des blocs, et de risque de fin du monde. Ça vous rappelle rien ? (Sinon, relisez le tout début de chacun des billets qui compose cette rubrique « Un dernier livre avant l’apocalypse nucléaire »… Oh bah ça alors, ça tombe bien)

Les héros de Barjavel sont porteurs de grandes valeurs morales. L’auteur délivre un message utopiste, pacifiste et égalitaire, qui serait la clé d’un monde heureux, en même temps qu’il semble faire preuve d’un grand pessimisme sur l’avenir de l’humanité. « L’union fait la force » pourrait être sa devise, à commencer par celles des scientifiques, de même que le slogan « faites l’amour, pas la guerre ».

Parmi les nombreuses questions que soulève le livre, on pourra retenir les suivantes :

– Le salut viendra-t-il du progrès scientifique ?

– L’être humain est-il condamné à toujours reproduire les mêmes erreurs ?

– Le Grand Amour est-il la solution ?

– Mais où est donc Ornicar ? (ça c’est pas dans le bouquin, là je suis toujours en train d’essayer de me souvenir du conseil pour savoir pourquoi l’Antarctique est au sud…)

Un bémol cependant. On ne peut pas évoquer Barjavel sans signaler qu’il a publié deux de ses œuvres majeures, Ravage et le Voyageur imprudent, dans un journal collabo sous l’occupation (dont je ne citerai pas le nom pour ne pas me salir la plume électronique). Accusé de soutenir l’idéal pétainiste de « retour à la terre », ils seraient quelques-uns aujourd’hui à ne plus pouvoir voir le cas Ravage en peinture…

De même, le lecteur de 2022-bientôt-3, woke et conscientisé, relèvera dans celui-ci quelques phrases teintées de racisme, propos sexistes et autres clichés misogynes, dont on ne saura cependant (si le lecteur veut bien m’y autoriser) en faire le reproche trop virulent à Barjavel sachant que 1°/ le bouquin date de 1968, une époque où ces questions étaient quand même moins prégnantes au quotidien et 2°/ le message général du livre va plutôt dans le sens du progressisme et de la tolérance.

(Et contrairement à Manuel Valls, je sais qu’expliquer, ça n’est pas excuser).

Enfin, sans parler des emprunts ou clin d’œil aux contes, légendes et autres récits « mythologiques », (Adam et Eve, Roméo et Juliette, Head & Shoulders …), notons que Barjavel est également soupçonné de divers plagiats pour ce roman, dont vous retrouverez la liste sur sa page Wikipédia.

Ça fait beaucoup quand même. À ce stade de la chronique je me demande s’il ne faudrait pas cancel un peu Barjavel ? à la lecture de ces quelques paragraphes, il m’apparait bien que oui. Oubliez tout ce que vous venez de lire depuis le début ! Qu’on annule immédiatement ce billet !

Ou alors, partagez-le, relayez-le, imprimez-le et collez-le en guise d’AVERTISSEMENT en préface de tous les livres de Barjavel que vous trouverez. C’est plus sage.

Parce que question science-fiction, ça reste du lourd quand même.

(Du lourd ! c’est ça ! il y a plus de lettres dans « Antarctique », donc c’est plus lourd, donc il est en bas, AU PÔLE SUD ! CQFD)

Un livre à lire avant l’Apocalypse nucléaire ; mais tardez pas trop à le commencer quand même…

Pour avoir un autre point de vue sur le livre, vous pouvez aussi lire l’excellente  chronique de l’Homme des Cavernes.

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La Nuit des temps, René Barjavel, Presses de la Cité, 1968

Allez l’acheter chez votre libraire du village. Et s’il n’y a plus de librairie, c’est simple : ouvrez-en une.

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