Last Train, comment ils en sont arrivés là ? / How did we get there ?

Last Train, c’est un groupe à surveiller de très près. Ils ont commencé par prouver leur place sur scène, avec Weathering. Selon leurs propres mots, ils avaient des choses à dire, une urgence à satisfaire, et une énergie explosive à partager. How did we get there, c’est tout à fait autre chose. C’est un projet audacieux, 14 minutes de variations d’intensité, de brutalité et de longueur, illustré par un court-métrage déroutant. Et c’est difficile de séparer le titre du court-métrage, tant ils fonctionnent en symbiose. Le chanteur, Jean-Noël Scherrer, a exprimé, dans une interview à Rock and Folk, que c’était un challenge, comme l’Olympia, il y a quatre mois. J’adore ce groupe et depuis longtemps, je l’ai vu trois fois en salle, mais ce titre là m’a fait émettre des réserves. Finalement, j’ai eu tord.

Mais après y avoir mis plusieurs écoutes, il faut saluer la beauté du projet. Déjà, il n’est disponible que sur leur site, ancré dans un cadre épuré, noir. sans timeline : il n’est pas question de mettre pause, de savoir où on en est, de sortir de la salle de cinéma avec concert offerte par Last Train. Sans souligner le jeu d’acteur assez épatant du personnage principal – et unique d’ailleurs, le jeu des symboles et des esthétismes vaut carrément le coup. How did we get there se veut une réflexion universaliste, et ça élargit la palette des artistes, puisque The Big Picture, toujours selon les mots de Jean-Noël, était très personnel et très introspectif. Le court-métrage critique la société des écrans, l’égocentrisme de nos réseaux sociaux, la superficialité de nos intérêts, sans être lourd.

Le voici en audio ci-dessous et en clip ici.

 

            En plus, il y a eu un vrai travail sur les lives : le premier concert de Last Train, j’étais un peu déroutée par la froideur : les musiciens se faisaient kiffer sur scène, il y avait une telle symbiose, que côté public, c’est déroutant, on était vraiment spectateur, perçant rarement le quatrième mur. Le lien avec le public était empreint de pudeur. Mais avec le temps, on est invités, et c’est encore meilleur. Le jeu de lumières est fantastique, les breaks instrumentaux donnent envie de tout casser, ils sont d’une énergie dévorante, et la voix éraillée de Jean-Noël porte toujours autant. 

Je conseille les versions live de On Our Knees, et I Only Bet on Myself, tout deux issus de The Big Picture.

J’ai mis tout le live parce qu’il le vaut bien.

Jean-Noël Scherrer a décrit How did we get there comme une invitation à prendre son temps, à la lenteur. C’est clairement le contraire de ma personnalité acharnée, impatiente et euphorique. Mais il faut admettre que ce travail sur le piano, sur la composition a fait évoluer le groupe dans le bon sens, et ils ont réussi à m’avoir sur un terrain qui n’est pas le mien. Apparemment, ils travaillent sur le troisième album et sur un projet sur la même ligne éditoriale du court-métrage, une œuvre qui s’affranchit de nos petites habitudes d’écoute. J’ai hâte ! 

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