Une fissure sur un trottoir, un nid-de-poule oublié par les services municipaux, un pan de mur décrépi : là où le passant ne voit que de la dégradation urbaine, le street art décèle une toile en puissance. C’est exactement le cœur du Flacking, une discipline de l’art urbain qui consiste à panser les plaies de la ville à l’aide de faïence, de carrelage et de céramique.
Pansements de trottoir et poétique de la réparation
Inspiré de près par le Kintsugi — cette technique traditionnelle japonaise qui sublime les porcelaines brisées en soulignant leurs fractures avec de la poudre d’or —, le flacking refuse de masquer la détérioration. Il l’honore et la métamorphose.
Les œuvres créées, baptisées des « flacks » (ou « pansements pour trottoir »), viennent s’insérer au millimètre près dans les aspérités de la chaussée. Au lieu de subir l’usure du temps, l’espace public devient le théâtre d’une collision visuelle brutale entre l’asphalte gris et la brillance de la mosaïque.
Ememem : Le pionnier de la mosaïque de rue à Lyon
On ne peut pas parler de flacking sans évoquer son chef d’orchestre : l’artiste lyonnais Ememem. C’est lui qui théorise et baptise cette pratique dès 2016 dans les rues de la capitale des Gaules, avant de propager ses pochoirs de céramique dans les métropoles européennes.
Véritable figure de proue du genre, Ememem a su imposer une signature visuelle immédiatement reconnaissable. Son travail ne relève pas du simple embellissement : c’est un acte de résistance esthétique qui redéfinit notre rapport à l’imperfection urbaine.
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