À l’heure où la majorité des rappeurs de New York courent après les prods clinquantes d’un Lex Luger pour s’inventer des vies de barons de la drogue, Nas choisit de faire du Nas : poser ses tripes sur la table, sans filtre.
Quelques semaines avant la sortie de son très attendu dixième album Life Is Good, God’s Son vient de lâcher le clip de « Daughters », réalisé par Chris Robinson. Autant vous le dire tout de suite : visuellement et textuellement, c’est une immense claque de maturité qui va laisser pas mal de machos du hip-hop sur le carreau.
Le pitch : La crise de la quarantaine au format 16:9
Pas de grosses cylindrées, pas de figurantes en bikini, pas de bling-bling ostentatoire. Le clip de Daughters adopte un point de vue unique et brillant : celui de Destiny Jones, la propre fille de Nas, de sa naissance à ses bêtises d’adolescente.
La caméra subjective nous place directement dans les yeux de cette gamine qui grandit sous le regard d’un père tiraillé entre son statut de légende du rap et ses devoirs de parent.
« A bit of stress, the child’s text message I’m reading / About some boy she’s meeting… » Nas y confesse ses failles en direct. Il raconte ce moment d’angoisse universel où il tombe sur les SMS de sa fille qui planifie un rendez-vous secret, ou lorsqu’elle tweete une photo d’une boîte de préservatifs. Pour un homme qui a écrit Illmatic, admettre publiquement qu’on est dépassé par l’éducation de sa gamine, c’est d’une audace folle.
L’analyse de la prod : No I.D. ressuscite le Golden Era
Derrière les manettes, on retrouve le sorcier No I.D., et le bougre n’a pas fait les choses à moitié.
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Le sample : Une boucle de guitare soul hyper chaleureuse, piquée au morceau Dust in the Wind de Wayne Miran.
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La rythmique : Un boom-bap lourd, organique, qui rappelle que Nas n’a pas besoin de synthétiseurs criards pour faire bouger les têtes.
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Le contraste : La douceur de la mélodie contraste magnifiquement avec la gravité et la tension du récit de Nas.
Pourquoi ce morceau fait du bien au rap en 2012
Soyons réalistes, le hip-hop grandit avec son public. Nas a 38 ans, il n’est plus le gamin des Queensbridge Projects qui zonait en bas de l’immeuble. En refusant de jouer les éternels adolescents, il livre un morceau d’une sincérité désarmante.
Il flingue au passage son propre passé en admettant que ses propres textes ont pu influencer négativement la génération de sa fille. C’est piquant, c’est analytique, et ça remet les pendules à l’heure : le rap peut être une musique d’adulte responsable sans perdre une once de sa crédibilité de rue.



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