Olivier Adam, so glam’

« Je m’étais imaginé Mozart, Haydn, Schubert, et j’étais Brahms. Plus tard je m’étais vu en Modiano, Fante, Sagan, Salinger et j’avais écrit les livres que j’avais écrits. Des livres de cogneurs de fond de court, solides mais dénués de grâce, laborieux et pesants. On est ce qu’on peut. Mais de le savoir, rien ne nous console… »

Adam a tenté de placer ce dernier livre dans la course au sacro-saint Goncourt, et, fort heureusement, c’est mort.

« Les lisières », c’est l’histoire d’un type, le double de l’auteur, qui retourne chez ses parents en banlieue parisienne pour s’occuper de son père, sa mère étant alors hospitalisée. Le protagoniste déteste cette banlieue, délaisse sa famille depuis des années et vient de se séparer de sa femme. En bref, ces quelques jours passés dans les « lisières » sont l’occasion pour l’auteur de faire le point sur sa vie, de renouer avec le passé et de tenter une énième fois, désespérément, de trouver sa place.

Pour l’auteur, les lisières seraient ces frontières entre deux univers : des banlieues, des classes sociales voire une séparation d’ordre sentimental, et hop, on se retrouve à vivre dans des lisières géographiques, aux lisières de sa propre vie. C’est un peu tout ça (même si ça ne doit pas être bien clair dans la tête d’Adam, qui, alors que le lecteur s’efforce de comprendre tout ce qu’englobe ce terme, nous dit que les banlieues constituent le nouveau centre…Hum). Il faut dire qu’Adam, avec ses explications quelque peu bancales, tente de faire du roman social (et compare son travail à celui de Pierre Bourdieu… re-hum) : un livre qui parlerait du malaise que constitue la montée de l’extrême droite dans les sondages, du chômage qui détruit la vie de beaucoup de gens, mais aussi, pour ceux qui ont du travail, de son caractère abrutissant. Bon. Tout ça pour dire qu’Olivier Adam se sent une filiation avec Annie Ernaux et ne s’en cache pas. Annie Ernaux. Incroyable.

Petit aparté : Annie Ernaux a vécu sa jeunesse à Yvetot en Normandie, ses parents épiciers l’ont poussée à faire des études, elle est partie à « la ville » où elle a réussit professionnellement. Cependant, Elle vit mal l’écart qui se creuse peu à peu entre elle et ses parents vis-à-vis du nouvel univers qui s’ouvre à elle et se débat avec sa condition de femme indépendante. Et c’est de ça dont elle parle dans ses livres, avec une justesse sensible et une rigueur journalistique. Annie Ernaux est une féministe qui fait du roman social. Au contraire, Adam/son double, qui ne se sent également chez lui nulle part, ne rend pas compte de la cohabitation de mondes parallèles remplis de préjugés les uns vis-à-vis des autres. Tout tourne autour de son nombril, et si on évoque le contexte politique de la France c’est toujours pour en revenir aux lamentations de l’auteur. Parce que c’est bien le plus difficile à supporter dans ce roman : les plaintes répétées du type, je suis alcoolique, ma femme m’a quittée, les gens deviennent fous, la « Maladie » (tout un cirque pour ne pas nommer une si triviale dépression) m’a prit. On s’apitoie sur soi même pendant des heures, on est condescendant avec les autres (bah oui, les pauvres, ils ne sont pas écrivains, eux !), on est incapable de se mettre à la place des autres, même si on prétend le faire (bah oui, on est écrivain, nous !), on se plaint que personne ne nous comprend.

En fait, le vrai malheur pour Adam c’est que vivre en lisière, c’est être noyé dans la masse, et qu’il souffre de ne pas être le centre du monde à lui tout seul.

Adam, né en banlieue Parisienne en 74, souffre des mêmes maux que son double. Mais attention, l’auteur se défend d’être comme son héro, nous ne sommes pas dans une biographie, mais dans une fiction ! Ah oui ? Pourtant, l’histoire de ce jumeau mort (dès « Je vais bien ne t’en fais pas »), la dépression, l’alcoolisme, la condescendance et la perte se sens, sont utilisés sans faiblir depuis les premiers livres de l’auteur et comme par hasard sont des éléments constitutifs de sa propre vie. Mais ce sont des détails. Non, ce qui terrible c’est cette fausse critique bien pensante de « la Blonde » (Marine Le Pen), alors qu’on a beau mépriser le Front National, l’enjeux, surtout quand on est un écrivain il me semble, c’est de réussir à se mettre à la place de l’autre, de celui qu’on a du mal à comprendre, de le mettre dans la lumière, de le faire parler pour découvrir ce qu’il a à dire, enfin. Il est facile de couper court à la conversation en traitant l’autre de facho. On a jamais rien fait avancer avec des conclusions hâtives.

Il est tout de même intéressant de préciser que la lecture de ce roman/autobiographie se fait très aisément. Adam aime les facilités, mais il est écrit « bien », on ne peut pas le nier. Le seul intérêt que je pourrais trouver à cette lecture, c’est qu’elle nous incite à nous interroger sur nos convictions, à pousser plus loin notre raisonnement et ses logiques concernant des problèmes de société actuels. C’est déjà ça.

On peut enfin citer l’extrait d’une interview qu’a donné Adam dans le Lire du mois de septembre : « Mais reconnaissez que la littérature française, c’est surtout l’esprit, l’élégance, l’ironie, la distance, l’élévation. Mais l’élévation en termes de point de vue, pose un problème : quand on regarde les choses de haut, de très haut, on tombe dans la froideur, le dédain. Et oui, ce dont je parle dans mes romans, le boulot, les petits HLM, le supermarché et le Buffalo Grill du dimanche, c’est pas glam’. Et si, en plus, vous en parlez sans vous mettre au-dessus, sans regarder ça depuis une hauteur, alors vous-même vous n’êtes pas glam’. » Adam n’a rien compris, il juge la classe moyenne tout en se donnant des airs compatissants, de sociologue qui a tout compris à la place de tout le monde, sauf que la classe moyenne, aujourd’hui, c’est la majorité. Adam ne comprend pas les craintes personnes âgées (ses propres parents !), et surtout pas un milieu qu’il croit connaitre alors qu’il n’y vit même plus depuis des années dans un monde qui n’attend pas pour  changer.  Rien que cette manière de s’exprimer transpire la condescendance : les « petits » HLM, le travail aliénant, des gens qui constituent la classe moyenne et qui considèrent tous que c’est la fête d’aller chez Buffalo ? Mais on se moque de qui ? Et on est loin d’être tous des beaufs même si on n’a pas les poches qui dégueulent de billets.

Titre : Les lisières

Auteur : Olivier Adam

Éditeur : Flammarion

ISBN : 978-2081283749

 

 

1 Comment

  • Lussy
    Lussy

    Le bonne nouvelle, c’est que si j’hésitais encore à le lire, là j’en n’ai plus du tout envie ! Merci pour cette critique, utile et passionnée !

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