PORTRAIT / Oklou : la pop en apesanteur, née dans l’ouest et propulsée au futur

C’est le moment des bilans d’album sur tous les sites de musique indé anglophone et le nom de la francaise Oklou sort d’un peu partout. Il me paraissait important d’en parler parce qu’on n’en parle pas assez.

Il y a des artistes qui brouillent les pistes, qui ne choisissent jamais vraiment entre l’intime et le club, entre la mélancolie et le futur. Oklou appartient à ceux-là. Derrière ce pseudonyme d’apparence liquide se cache Marylou Mayniel, née en 1993 et élevée près de Poitiers, où elle passe l’enfance la plus classique qui soit… au sens propre : piano, violoncelle, chant choral. De quoi imaginer une carrière au conservatoire, sage et bien rangée. Sauf que non.

Parce qu’à 18 ans, elle découvre l’ordinateur comme d’autres tombent amoureux – brutalement, irrémédiablement. Le logiciel devient un laboratoire, Internet une salle de jeu immense. Oklou bidouille, empile les textures, mélange l’héritage classique avec des pulsations électroniques bricolées la nuit. C’est là, dans les limbes du web, que naît son univers : une pop translucide, hypersensible, qui flotte entre réalité et rêve.

Les débuts : du bedroom au collectif

En 2014, elle sort son premier EP Avril sous le nom de Loumar : une esquisse déjà pleine de promesses, où se croisent R&B brumeux, nappes électroniques et voix qui semblent scintiller. Une fois montée à Paris, elle change d’identité et devient Oklou. Elle rejoint des scènes plus alternatives, cofonde TGAF (These Girls Are On Fiyah), un collectif féminin de DJ qui vise à ouvrir les platines aux artistes trop souvent invisibilisées.

Cette période est décisive : elle met les pieds dans la sphère club, traverse Londres, absorbe techno, ambient, bass music… sans jamais renoncer à son ADN mélodique et hyperpop (j’adore ça fait nom de power rangers)

“Galore”, la métamorphose

En 2020 arrive Galore, la mixtape qui va tout changer. On entre dans un monde pastel, vaporeux, traversé de chuchotements, de beats timides et de mélodies qui semblent venir d’une vallée enchantée. C’est introspectif sans être opaque, moderne sans être froid.

Les médias repèrent la singularité du projet. On commence à la placer dans ce territoire mouvant qu’on appelle hyperpop, mais Oklou dépasse l’étiquette : elle crée des atmosphères autant que des chansons. Moi je trouve que ça fait musique de jeux vidéo ou tu te ballades dans une forêt, sans te battre, pour cueillir des fleurs.

“Choke Enough”, l’album qui affirme tout

2024 marque son vrai passage à l’échelle supérieure avec Choke Enough, un premier album produit avec AG Cook, Casey MQ ou encore Danny L Harle. Autant dire la crème du futur-pop. Le disque est plus dense, plus mûr : des synthés brumeux, des envolées fragiles, des moments presque ambient et d’autres où sa voix, volontairement distordue ou tremblée, raconte l’intimité, la vulnérabilité, la difficulté d’être soi sans se contorsionner. C’est un album cocon, un album laboratoire, un album où l’on sent qu’Oklou a finalement trouvé sa place : entre l’ombre et la lumière, entre la douceur et l’audace.

L’album est validé partout. Elle fait un tiny desk de toute beauté. Elle est validée par Billie Eillish et par moi, sort un album Deluxe. Elle est programmée à Coachella. C’est classe, non ?

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