Être un père, c’est souvent osciller entre le rôle du protecteur et celui du génie du mal domestique. C’est celui qui éteint la console au moment le plus critique ‘pour ton bien’, celui qui raconte des histoires à dormir debout pour obtenir un quart d’heure de silence, ou celui qui cache les piles de la peluche bruyante. Mais derrière ce masque de stratège infaillible, il y a souvent un homme qui lutte avec ses propres démons, ses propres silences et ce que son propre père lui a transmis.
Pour mettre en lumière cette complexité, rien n’égale la puissance émotionnelle de ‘Father Time’ de Kendrick Lamar.
Accompagné par la voix hantée de Sampha, Kendrick explore ici les ‘Daddy issues’ avec une honnêteté brutale. Le morceau est une déconstruction des traumatismes masculins : cette injonction à ne pas pleurer, à être fort, à ne jamais montrer ses faiblesses. Le rythme du piano est à la fois beau et pesant, comme la responsabilité d’un père qui veut être meilleur que le précédent. Quand tu fais ton ‘génie du mal’ pour éduquer tes mômes, tu réalises parfois que tu ne fais que rejouer une partition écrite bien avant toi. C’est un son qui prend aux tripes, qui calme l’ego et qui rappelle que même le plus grand stratège est d’abord le fils de quelqu’un



