Il y a des mecs qui, quand ils reviennent après quatre ans de silence, se contentent de balancer un single tiède et un communiqué de presse écrit par un stagiaire fatigué. Et puis il y a Sayem, qui revient avec un concept-album entier consacré à la bande-son d’un film qui n’existe pas, et un clip où ses personnages se foutent sur la tronche en 2D. On sait où va notre cœur.
Sayem, le producteur de tout le gratin
Petit rappel pour ceux qui dormaient au fond de la classe : Sayem, c’est d’abord ce producteur qui avait tapé dans l’œil de tout le monde en 2007 avec Phonogénique, remixé par Krazy Baldhead et les Naive New Beaters s’il vous plaît, et qui a bossé pour Cassius et Miss Kittin excusez du peu. Entre-temps, il a aussi signé des jingles publicitaires pour la Coupe du monde de rugby et pour Nokia, ce qui prouve une chose : même les gens qui ont du talent doivent parfois payer le loyer.
Pour son retour, pas question de faire dans la demi-mesure. A City Gone Mad w/ Fever, son deuxième album sorti le 10 octobre 2011 sur Pour Ouvrir Une Parenthèse, s’imagine comme la bande originale d’un film de série B où traînent des super-héros loosers dans une ville complètement à côté de la plaque. Synthés qui pleurent, drum machines vintage, boîte à rythmes qui grince : Sayem construit sa cité viciée à coups de machines antiques et ça sonne franchement plus excitant que la dernière compil’ d’ambiance pour salle d’attente.
Et c’est dans ce délire que débarque le clip de « Play, Fight & Win », titre qui porte plutôt bien son nom vu ce qu’on y trouve : de l’animation 2D signée sur des dessins originaux d’Artus, où ça cogne, ça esquive et ça triomphe avec ce genre d’énergie de dessin animé du samedi matin qu’on regardait planqués sous la couette. Pas de tournage sophistiqué, pas de figurants payés en sandwichs, juste un trait qui bouge et qui va droit au but. C’est cheap dans le bon sens du terme, celui qui rappelle que l’inventivité coûte souvent moins cher qu’une grue de caméra.
Le morceau lui-même colle parfaitement à l’image : ça avance par vagues, ça monte en pression, et au moment où on s’attend à un break mollasson, ça repart de plus belle. Bref, du pur Sayem version arcade, où le fond (une ville qui part en vrille) et la forme (un clash animé qui ne se prend pas au sérieux) se donnent la main sans jamais tomber dans le pompeux. On aurait presque envie d’y insérer une pièce pour continuer la partie.
Bref, un clip qui ne cherche pas à sauver le monde, juste à filer un bon coup de poing (au sens propre comme au figuré) à ceux qui traînent encore l’idée que la musique électronique française se résume à des types en total look noir qui hochent la tête derrière un ordi. Sayem, lui, préfère envoyer ses bonhommes en carton se foutre sur la gueule en musique. Et franchement, on signe.
Pour d’autres pépites du même acabit, direction l’archive paillettes. Et si t’as encore les oreilles qui traînent, va faire un tour du côté de Des Chips et des Leffes, le podcast maison.


