Youth Lagoon : Montana

Youth Lagoon : Montana

Youth lagoon aka Trevor Powers a 22 ans, il vient de Boise, dans l’Idaho, un endroit dont personne n’a jamais eu besoin de dire du mal parce que personne n’en parle jamais, tout court. Il étudiait la littérature à Boise State, il bossait chez Urban Outfitters pour payer les factures, et il faisait de la musique tout seul dans sa chambre parce qu’il n’arrivait pas à parler de ce qui n’allait pas autrement. Résultat : The Year of Hibernation, huit chansons enregistrées avec Jeremy Park au Kung Pow! Studio de Boise, et sorties le 27 septembre chez Fat Possum. Le genre de label qu’on associe plutôt au blues crade du Mississippi, mais qui a visiblement décidé d’élargir le rayon.

Youth Lagoon, la douceur

Parce que c’est bien ça le truc étrange avec Youth Lagoon : un mec seul dans sa piaule qui sort un son qui a l’air d’avoir été enregistré par un groupe entier planqué au fond d’une piscine vide. Les nappes de synthé tournent en boucle, la voix de Powers est noyée sous des tonnes de reverb au point qu’on comprend un mot sur trois, et pourtant ça fonctionne. On dirait un rêve qu’on n’arrive pas bien à se rappeler le lendemain matin, mais dont il reste une sensation, un poids sur la poitrine, une mélodie qui traîne.

Le morceau qui donne son titre à cet article, « Montana », est aussi celui qui a le plus circulé avant la sortie de l’album, porté par un clip du réalisateur de Boise Tyler T. Williams. Powers y raconte la fin d’une histoire, une fille en collant noir et sweat Montana assise sur son lit, et cette ligne qui fait mal : « I’ve never seen your face so white. » Ce n’est pas de la pop qui cherche à te faire danser. C’est de la pop qui te prend par les épaules et qui te regarde dans les yeux pendant que ça monte en puissance, très lentement, jusqu’à un crescendo qui donne l’impression que la chambre entière est en train de se soulever.

Et « Montana » n’est pas un accident isolé sur ce disque. « Cannons », sorti en amont sur Bandcamp comme un genre d’avant-goût, fait le même pari : un démarrage timide, presque hésitant, qui explose ensuite en une déferlante de percussions et de boucles spatiales. « 17 » parle d’avoir dix-sept ans avec une précision qui donne l’impression que Powers a écrit ça la veille en repensant à ses cauchemars d’ado. « The Hunt » referme l’album sur une note qui n’a rien de rassurant, une « maladie dans la tête qui ne veut pas partir ». On est loin de la pop californienne ensoleillée. C’est plus proche d’un journal intime qu’on n’aurait jamais dû lire, mais qu’on ne peut plus lâcher une fois qu’on a commencé.

Pitchfork a dégainé le Best New Music et une note de 8.4, ce qui, pour un premier album enregistré dans une chambre par un type qui bossait encore dans le retail y’a quelques mois, n’est pas rien. Le plus fou, c’est que ça ne sonne jamais comme un coup d’essai. The Year of Hibernation a la cohérence d’un disque mûri pendant des années, alors qu’il a surtout été mûri pendant un hiver entier passé à ne pas aller très bien. Powers tourne maintenant avec son pote guitariste Logan Hyde, et Fat Possum lui a signé un deal sur deux albums. Autant dire qu’on n’a probablement pas fini d’entendre parler de ce gamin de Boise.

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