Après avoir décortiqué l’Amen Break et ses déflagrations rythmiques, ou bien Bad BUnny on change de tempo. On baisse la lumière, on sort les verres à ballon et on laisse la mélancolie s’installer dans le salon. Aujourd’hui, on parle de « Ike’s Rap II », extrait de l’album Black Moses (1971) du grand Isaac Hayes.
Le Spleen de 1971
Sur le papier, c’est juste une interlude. Deux minutes de basse hypnotique, un piano qui pleure ses notes et des violons qui te caressent dans le sens du poil avant de te laisser tomber dans le vide. C’est le son de la solitude urbaine à Memphis. Isaac Hayes n’y chante pas vraiment, il murmure à l’oreille de tes démons et des siens.
Mais ce qui était une pépite soul pour initiés est devenu, vingt-cinq ans plus tard, la pierre philosophale d’un nouveau genre : le Trip-Hop.
Bristol s’empare du trône
Dans les années 90, à Bristol, il pleut souvent et on fume probablement trop, sans doute parce qu’il pleut souvent. C’est dans ce décor que Portishead va aller piocher cette boucle de basse et ces notes de piano pour pondre le magique « Glory Box ». Ils y ajoutent la voix fantomatique de la reine Beth Gibbons et un solo de guitare saturé, et paf : ils créent un classique instantané.
Mais ils ne sont pas les seuls. Le même mois (ou presque), Tricky, l’autre prince de l’ombre de Bristol, utilise exactement le même sample pour « Hell Is Round the Corner ». Deux chefs-d’œuvre, une seule source. La preuve que quand un sample est parfait, on peut construire deux églises différentes sur les mêmes fondations.
Ce sample, c’est l’essence du « cool » mélancolique. C’est une boucle qui tourne comme une pensée obsédante à 3 heures du matin quand le bar vient de fermer et que tu ne veux pas rentrer.



