Il est 23h47, je suis en train de finir une bière tiède que j’ai oublié sur le rebord de la fenêtre depuis deux heures, et je viens de réécouter « Bad Idea » pour la douzième fois consécutive. Je crois qu’on tient un problème. Ou une love story. C’est flou, avec AlunaGeorge, c’est toujours flou, et c’est bien pour ça qu’on les aime.
AlunaGeorge – Bad Idea : la meilleure fausse bonne idée de l’année
Pour ceux qui débarquent : AlunaGeorge, c’est Aluna Francis et George Reid, un duo londonien qui a décidé qu’en 2014 la pop pouvait ressembler à du R&B chuchoté dans un club à moitié vide un mardi soir, avec des basses qui viennent tout droit du UK garage et une production tellement léchée qu’on dirait qu’elle sort d’un labo plutôt que d’un studio. « Bad Idea » arrive après « Body Music », leur premier album, celui qui avait déjà mis tout le monde d’accord avec « You Know You Like It » et « Attracting Flies » — deux titres qui, avouons-le, résument assez bien ma vie amoureuse de l’époque.
Une voix qui n’a rien à prouver
Ce qui frappe direct avec Aluna Francis, c’est cette voix. Pas une voix qui hurle qu’elle est douée, non, une voix qui sait qu’elle l’est et qui prend son temps. Elle chuchote plus qu’elle ne chante, elle glisse entre les syllabes comme si elle avait mieux à faire, genre draguer quelqu’un au fond de la salle pendant qu’elle est censée finir sa phrase. Sur « Bad Idea », elle raconte exactement ce qu’annonce le titre : une histoire qu’on sait pertinemment vouée à l’échec mais qu’on fait quand même, parce que bon, on n’est pas des robots, on a des hormones et un mauvais fond.
George Reid, le type qui bricole des perles dans son coin
Pendant qu’Aluna gère le côté charnel de l’affaire, George Reid s’occupe de la mécanique, et niveau mécanique, c’est de l’horlogerie suisse déguisée en trap londonien. Des synthés qui claquent, un beat qui avance en crabe, des silences calculés au millimètre pour te laisser le temps de comprendre que tu es en train de tomber amoureux d’une chanson qui te dit littéralement « fuis ». C’est le genre de prod qui donne l’impression d’être simple à la première écoute et qui, à la cinquième, te fait réaliser qu’il y a quinze couches là-dedans et que t’as rien vu passer.
Pourquoi c’est une mauvaise idée de résister
« Bad Idea » c’est un peu le pote qui te dit « on ne devrait vraiment pas » juste avant de commander une troisième tournée. Le morceau assume complètement son statut de tentation coupable : mélodie facile à retenir, refrain qui se love dans ton crâne pour ne plus en sortir, et cette énergie mi-vulnérable mi-je-m’en-fous qui fait toute la patte AlunaGeorge. C’est pop sans être cheap, sensuel sans être lourd, et bourré d’assez de bizarrerie dans les arrangements pour qu’on ne se sente jamais dans un truc formaté FM.
Bref. Je vais probablement la réécouter une treizième fois avant d’aller me coucher, ce qui est, comme le morceau le prédisait si bien, une mauvaise idée. Mais certaines mauvaises idées méritent qu’on les prenne en boucle.


