Brian Wilson est mort, et même les vagues ont oublié comment rouler

Les Beach Boys en concert à l’aréna Maurice-Richard. 19 février 1965. VM94-S32-013. Archives de la Ville de Montréal. De gauche à droite : Al Jardine, Glen Campbell (qui remplace Brian Wilson), Carl Wilson, Dennis Wilson (derrière la batterie) et Mike Love.

C’est bizarre, la mort d’un musicien. On ne le connaît pas, pas vraiment, pas en vrai. On n’a jamais partagé une bière tiède sur la plage ou une clope dans un studio moisi à L.A. Mais on connaît sa voix. On connaît ses silences. On connaît ses arrangements comme d’autres connaissent les rides sur le visage de leur père.

Brian Wilson est mort, mais ses chansons continueront de surfer sur nos cœurs cabossés

Et Brian Wilson, lui, on le connaît mieux que la plupart. Parce qu’il a mis toute sa vie, ses douleurs et ses vagues dans des chansons qu’on a écoutées cent fois, les yeux fermés, sur la plage (ou pas).

Brian Wilson est mort. Et quelque part, c’est l’Amérique des mirages qui se fissure. Celle des cheveux blonds qui brillent au soleil, des cabanes en bois peintes en turquoise, des radios à piles et des posters de James Dean. C’est la fin d’un rêve pop, un peu fêlé, mais magnifique.

Brian, c’était pas juste des tubes rock pour colliers de fleurs. C’était un visionnaire, un freak du studio, un malade génial qui entendait des harmonies que Dieu lui-même trouvait un poil ambitieuses. Le mec a planté des cors anglais au milieu d’une chanson sur les bagnoles, mis des claviers de manège triste sur des morceaux pour teenagers. Il a pris la pop par la main et l’a emmenée dans la chambre d’un môme qui pleure derrière un piano. Et ça a donné Pet Sounds. Ça a donné Smile. Ça a donné l’éternité.

Il a eu peur, souvent. Il a flanché. Il a été brisé, drogué, interné, trahi. Il a dormi vingt heures par jour pendant des années. Et pourtant, il est revenu. À chaque fois. Avec sa voix douce comme un vent de mer, ses mélodies hantées, ses refrains à chialer. Il écrivait des chansons d’amour comme d’autres écrivent des lettres de secours.

Et aujourd’hui, il n’est plus là. Juste des disques sur l’étagère, des souvenirs dans les bandes magnétiques, et un écho qui traîne encore dans l’air salé du Pacifique.

Mais tu sais quoi, Brian ? On t’entendra toujours. Dans un sample perdu. Dans un chant d’oiseau au réveil. Dans les harmonies d’un groupe qui répète dans un garage, avec trois micros et beaucoup trop d’espoir. Tu as changé la musique. Tu as changé nos vies. Et tu ne seras jamais vraiment mort tant qu’il y aura une voix pour chanter Don’t Worry Baby.

Merci pour les vibrations. Merci pour la beauté. Merci d’avoir cru qu’on pouvait faire tenir l’infini dans trois minutes trente.

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