CHRONIQUE : « This Mirror Weighs A Ton » d’Interpol

CHRONIQUE : "This Mirror Weighs A Ton" d'Interpol

Pour ceux qui l’auraient raté, Interpol a sorti son huitième album entre deux journées intense de Rock en Seine. Petit cours de rattrapage.

Interpol, c’est la formation new-yorkaise qui avait tout pété avec ses deux premiers albums et qui s’est un peu fait oublier ensuite. A l’image d’un Hatem Ben Arfa, un potentiel de zinzin, mais qui peine à confirmer en étant tout de même capable d’éclats de génie. C’est donc avec beaucoup de nostalgie qu’on les écoute aujourd’hui. »Turn Off The Brights Lights » était si génial que le « Untitled » s’était retrouvé dans la série Friends lorsque Joey et Rachel s’embrassent. (Non, personne n’a oublié)

« This Mirror Weighs A Ton » signe le retour du groupe mais également sa première sortie chez Partisan Records, qui compte déjà dans ses rangs Cigarettes After Sex, PJ Harvey ou encore les chics tarés de Idles. Mais qu’est ce que ça vaut en 2026, Interpol?

Prise de risque? Allez, on fait un track by track.

C’est avec témérité que Paul Banks et ses potes reviennent et c’est pas pour nous déplaire. Le single éponyme pose déjà les jalons. Rythme très lent, presque balade. Toujours avec une certaine mélancolie, présente depuis les débuts du groupe. On peut d’ailleurs noter la présence de Juliet Sager-Banks, compagne du frontman, fredonnant un air enivrant.

« See Out Loud« , le deuxième single marque déjà le retour d’un son tout de suite plus organique, et plus ressemblant au groupe. Avec un refrain radio friendly dont ils ont le secret. Un son post-punk avec des guitares qui prennent réellement possession du morceau. Et la batterie de Fogarino qui raisonne toujours aussi bien. (Reviens-nous vite en live Sam, tu nous manques). On peut même se targuer d’entendre la voix du génial Daniel Kessler, qui habituellement nous délivre des classiques derrière sa six cordes.

Sur la troisième track, Banks nous emmène en promenade dans sa version de New York futuriste avec « Iron City ». La force majeur de ce morceau réside dans son refrain, qui est magnifié par une mélodie au piano électrique Rhodes. Un des banger de cet album sans l’ombre d’une hésitation.

« Wounded Soldier » lui nous ramène aisément douze ans en arrière tant les vibes à la « El Pintor » resurgissent. C’est le genre de morceau qui te donne envie de mettre les écouteurs et de partir se perdre un peu dehors en direction de l’inconnu. Et bordel, cet outro… on en aurait bien mangé un peu plus messieurs.
 

 
Même constat pour « Wings On Fire ». Tout de suite plus frontal et entêtant. Avec la voix de Banks toujours en harmonie avec le travail de Kessler à la guitare. Et un final électrisant et étouffant qu’on a hâte de découvrir en live.

« Ever The Actor », « So Rides The Reindeer », « Darling Thoughts » nous rappellent pourquoi on a tant aimé ce groupe il y a vingt cinq ans maintenant. Pourtant terriblement contrastées quand on les compare, elles représentent bien ce que le band veut nous proposer. Sans transcender, ils montrent une certaine cohérence dans un album costaud en nouveauté et en prise de risque.

Wake Up est un des titres phares de cet album. Le riff dansant de Kessler nous fait allègrement bouger nos culs et est définitivement une anomalie de cet album tant on en a pas l’habitude. Même Fogarino en fin de morceau frappe ses percus avec une trivialité déconcertante. Et pourtant, le refrain reste dans l’ADN même des productions d’Interpol depuis des années.
 

 
« Enemy » fait aussi figure d’ovni ici. Un piano voix, agrémenté de rares percussions et accompagné par moment par l’épouse du chanteur. D’une justesse rare, ce morceau nous gratifie d’une transition aux cordes frottées avant de se laisser mourir. On aurait presque pu la voir en fin d’opus tellement le travail est bien fait.

« Bird and The Serpent », c’est ce qu’Interpol fait de mieux encore une fois. Vous prenez un riff catchy mais pas trop agressif, la magnifique voix de baryton de Banks qui nous livre sa prose iconique sans effort. Là aussi, avec un outro aux petits oignons aux allures électroniques qui vous fait presque regretter que le titre s’achève.

« Sudden » vient conclure ce huitième album, encore sur un piano voix venu d’un autre temps. Un côté presque brouillon mais attachant. Loin d’être le point fort de l’album, il a le mérite de finir ce disque de plus d’une cinquantaine de minutes avec une touche de douceur qui n’est pas désagréable.
 

 

Retour fracassant?

Interpol revient fort. Très fort. Ils s’étaient semble-t-il un peu perdus avec « Marauder » et « The Over Side Of Make Believe », leurs deux précédents opus, même si tout n’est pas à jeter. « This Mirror Weighs A Ton » est le meilleur album du groupe depuis au moins dix ans. Certains même diront que c’est leur meilleure livraison depuis « Antics », sortie en 2004. On peut noter que le désormais quintet sait s’entourer tant le travail d’Andrew Wyatt à la prod est propre (Oui, il a fait I’m Just Ken de Ryan Gosling, C’mon You Know du terrible Gallagher chanteur, ou encore Shallow de Gaga et Cooper). Un retour au source teinté de nouveautés qui saura plaire aux fans de la première heure, avec l’espoir d’en glaner des nouveaux. « This Mirror Weighs A Ton » est beau, et transpire par son New Yorkisme. Et d’un côté, c’est presque normal puisque c’est le premier LP enregistré là bas depuis douze ans.

Les britannico/américains n’ont pas fait dans la dentelle pour leur huitième cargaison. Et ils seront à retrouver avec plaisir sur scène au zénith de Paris le 16 novembre prochain, en double header avec Bloc Party.
 

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