Death and Vanilla : Broadcast rêvait, eux l’ont fait

 

Il y a des disques qui arrivent sur la platine sans prévenir, et celui-là en fait clairement partie. Death and Vanilla, duo suédois planqué du côté de Malmö, sort son premier album, sobrement baptisé comme le groupe lui-même. Rien d’original dans le geste, tout le monde s’auto-titre un jour ou l’autre, mais le contenu, lui, a le bon goût de ne ressembler à rien d’actuel.

Marleen Nilsson et Anders Hansson trainaient déjà dans les parages avec un EP quatre titres en 2010, sous la même bannière. Deux ans plus tard, ils reviennent avec un vrai disque, trente-deux minutes tout rond, et une caisse d’instruments qui sentent le grenier bien rangé : Mellotron, Moog, guitares qui twangent doucement, voix chuchotée plutôt que chantée. On est loin du garage bourrin dont je parle d’habitude ici, et pourtant je n’arrive pas à décrocher.

Broadcast et Stereolab n’ont jamais vraiment quitté la pièce

Impossible d’écrire sur ce disque sans balancer les noms qui viennent immédiatement à l’esprit. Broadcast, évidemment. Stereolab, aussi. Death and Vanilla ramasse ce que ces groupes ont laissé traîner dans les années 90 et 2000 et le rejoue avec une précision presque clinique, comme si chaque reverb avait été calculée au millimètre. Le résultat pourrait sonner comme un pastiche paresseux entre de mauvaises mains. Ici, ça sonne comme un hommage qui a des choses à dire.

Le disque a ce truc curieux de paraître à la fois pop français des années 60 et bande-son de film d’horreur discret. Ye-yé sous acide, quelque part entre une comptine et une apparition. Les mélodies sont là, bien accrochées, mais elles flottent dans un brouillard de claviers vintage qui les rend légèrement inquiétantes, jamais franchement menaçantes.

Un disque pour l’automne, sorti au printemps

Il y a quelque chose de délicieusement décalé à recevoir un album pareil en mars. Death and Vanilla, sonne comme une bande-son pour soirées d’octobre, volets fermés, lumière orange. Peu importe, la musique se fiche du calendrier, et celle-là a l’intelligence de ne pas courir après la tendance du moment. Pendant que la moitié du game indé s’époumone à faire du garage saturé, ce duo choisit le chuchotement et le vintage assumé. Pari risqué, pari gagné.

Reste à savoir si Death and Vanilla arrivera à faire connaître ce genre de disque en dehors des cercles déjà convertis à la dream pop et à la neo-psychedelia. Le potentiel est là. Le duo tient une identité sonore forte dès ce premier album complet, ce qui n’est pas donné à tout le monde. J’ai hâte de voir où ça les mène.

Comme d’habitude, si vous cherchez d’autres pépites du genre planquées dans les archives Et si vous préférez qu’on vous en parle à voix haute plutôt qu’à l’écrit, l’épisode du moment de Des Chips et des Leffes vous attend sur Radio Gatine.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *