On a rencontré Fabrice Detry la tête pensante des bruxellois de Fabiola. Leur second album « The mushroom Type » est sorti il y a un mois, petite bombe sonore pop mais pas que.
+ Première question comment as tu vécu la sortie de ce nouvel album ?
Fabrice: Super bien puisque le premier était sorti dans les conditions qu’on connait de chaos mondial.
Du coup ça a été une libération, une respiration. On a pu sortir le disque en France, en Belgique et en Allemagne. Tu te retrouves un peu puisqu’on va aller rencontrer les personnes qui écoutent les mêmes choses que toi, qui aiment ta musique.
Je me sens beaucoup plus connecté avec ce disque.
Ça me fait très plaisir.
+ Ce premier disque « Check my spleen » en 2018, vous avez eu du mal à le défendre sur scène.
F: Oui en plus du covid j’ai eu quelques soucis de santé qui m’ont empêché d’aller le défendre sur scène.
Pour celui-ci on est très content de pouvoir jouer, ça bouge bien.
+ Le line up a un peu changé aussi, puisqu’avant on avait Aurélie Muller, Antoine Pasqualini, Lucie Rezsohazy. Pourquoi tous ces changements ?
F: Et oui. En fait j’ai été assez lent pour savoir où je voulais emmener ce disque. J’ai mis 5 ans à l’écrire à l’enregistrer avec l’équipe. Et du coup, mon ami batteur, Antoine qui joue avec Monolithe noir, est retourné vivre à Brest, et mes deux amies, Lucie et Aurélie étaient parties dans leur projet à fond.
Tout le monde s’est dit: « en fait c’est plus le moment pour nous ».
Je me suis retrouvé seul dans la merde (rires). Puis sont arrivés, l’ancien leader de BRNS (Tim Clijsters) qui m’a dit: « J’adore le disque je vais aller à fond dedans avec toi » ça c’était trop cool, puis Aurélien Auchan de Mountain Bike m’a dit pareil et Léa Kadian a complété le projet.
En fait il y a eu comme une passation de relai. Au moment où une équipe est sortie du projet, une nouvelle venait d’y entrer.
C’est peut être un signe du destin.
+ T’es un garçon incertain en général ou pas ?
F: Ah mais moi j’suis au radar tout le temps « Incertain » ça sera marqué sur ma tombe (Rires).
+ Tu es passé par plusieurs groupes avant Fabiola. Il y a eu Austin Lace, The Tellers, Hallo Kosmo…
F: Oui en fait j’ai pas arrêté mais avec beaucoup de longues périodes de gestation surtout pour les projets dans lesquels j’écris comme Fabiola.
Pour les Tellers je produisais, Hallo Kosmo j’étais à la basse, il y a plein de trucs où j’étais plus un soldat. C’était une position qui me plaisait puisqu’elle était moins chargée en responsabilités.
+ Le nouvel album « The mushroom type » est sorti il y a un mois maintenant. Comment s’est construit le disque ? Comment tu voulais que ça sonne ?
F: Je pense que le mot « Hybridation » d’un point de vue stylistique ça a toujours été l’idée. Faire clasher des univers très différents. Avec Daniel Offerman le producteur, on avait toujours Gorillaz en tête et quelques groupes post punk comme Crack Cloud. Ce genre de groupes qui racontent des choses en croisant des univers.
J’avais aussi envie que ça soit plus cinématographique que ce que j’avais fait avant, moins « poppy » parce que le premier disque est très doux tout ça. J’avais besoin d’un contre chant un peu inquiétant tout ça, un truc qui correspond plus à ma personnalité.
Il y a eu pas mal de recherche de « construire/déconstruire« , jusqu’au moment où tu arrives à un résultat d’hybridation que tu souhaites.
+ Tu vas chercher dans pas mal de sonorités, ça pourrait sonner « pop » pour vulgariser la chose par rapport à ton chant, la façon de poser la voix… Puis il y a d’autres morceaux un peu plus incisifs, d’autres plus groovy, plus bruts, même du hip-hop. On voit que tu t’es fait plaisir avec ce nouveau disque. Une récréation en quelque sorte ?
F: Ah complètement. J’avais besoin de casser tout ça.
Je me souviens, j’avais sorti un disque avec Austin Lace il y a très longtemps et il y avait eu une journaliste des Inrocks qui avait écrit: « De la pop belle et lisse comme le Thalys » (Rires).
L’article était joli tout ça mais ça m’énervait vraiment j’étais là en mode: « Mais non il y a erreur sur le personnage je veux pas faire un truc beau et lisse c’était pas mon plan ».
Au final cette critique m’a fait du bien puisque je me suis dis: « Ok je vais m’écarter de cet écueil ».
+ T’es quelqu’un qui viscéralement aime la pop musique, c’est quelque chose qui est ancré en toi ?
F: Oui mais… En fait regarde si j’étais né dans un milieu plus jazz j’aurais plongé la dedans de part mes parents. Je suis un kid des années nonante j’ai grandi avec les Flammings Lips et Pavement.
J’ai eu un parcours qui m’a fait rencontrer plein de musiciens et écouter plein de choses. Je sais qu’il est plus trop populaire et que c’est un gros con mais j’ai beaucoup écouté Ariel Pink son hybridation m’a plu. Gorillaz évidemment, Juana Molina une chanteuse chilienne qui pratique aussi le collage.
En fait ce qui me lie à la pop c’est la mélodie et ce qui me lie à tous ces gens c’est la recherche sonore. Pour « Mushroom Type » c’est le coté aventurier de la pop, aller chercher les limites de ce genre.
+ C’est marrant que tu parles d’Ariel Pink parce que l’album « Pop Pom » dans une autre mesure ressemble bien sur, ressemble à ton disque. Cette façon d’expérimenter les sons. Tordre cette pop musique.
F: Ah ça me fait très plaisir. On est connecté (Rires). Pour moi « Pom Pom » a changé ma manière d’écrire. Ça fait bizarre de parler de ce gars, je sais qu’il y a toujours cette question de dissocier l’oeuvre de l’artiste (Ariel Pink est poursuivit dans des affaires d’abus physiques et sexuels également pro-Trump), je suis plus trop à écouter les trucs quand il y a des affaires qui sortent mais lui j’arrive pas à ne plus l’écouter (Rires) c’est une catastrophe.
« Pom pom » a vraiment nourri chez moi quelque chose de fort.
+ Pour l’avoir vu sur scène pour cette tournée là et je te rassure c’était aussi hybride sur scène. (Rires)
F: Je l’ai vu aussi. C’était la tournée où il avait un groupe incroyable avec lui, il y avait Jim Cole à la basse. C’était fou sur scène.
Quand j’ai vu Pink, il a chanté depuis les backstage pendant une demi heure. Il a passé la moitié du set pas-sur scène (Rires). Ces musiciens jouaient seul. Il avait sa tête de retransmis sur une mini-télé au fond de la scène. J’avais trouvé ça génial.
Je m’étais dit: « Le mec ne veut pas vraiment être là, il met son groupe en avant ».
J’étais à des lieux de penser qu’il avait des zones sombres beaucoup mouse louables.
+ Cette volonté de casser cette image pop et lisse ça passe aussi par la pochette ? On se demande c’est qui ce mec un peu barré planqué dans la nature avec ce regard inquiétant. Ça ressemblerait presque à une cover de groupes de chansons françaises.
F: Ça me touche beaucoup parce que cette image a été difficile pour moi à assumer. Cette photo, c’est ma compagne qui l’a faite. Je collabore beaucoup avec elle. Elle m’a dit: « Voilà t’as 48 ans, t’as vécu ce que tu as vécu, la vie est passée par là, des moments durs, du renouveau. C’est peut être le moment de sortir de terre tout en gardant une pointe d’inquiétude ».
On a fait une randonnée dans la forêt de Brocéliande un an avant cette photo et a un moment on est tombé dans la partie calcinée de cette forêt (1/10ème a été détruite par les flammes). On a été pétrifié de douleur pour cette Nature qui avait tant souffert et quand on est revenu pour cette photo la Nature avait repris ses droits. C’est ce qu’on voit sur la cover c’est ce qu’on voulait dire.
+ T’as un petit coté Baxter Dury sur la photo d’ailleurs (Rires)
F: Ah oui ? (En prenant l’accent) I can speak like that (Rires).
Je fais mal l’accent mais il a une voix incroyable.
+ C’est quoi cette passion pour les champignons ?
F: Ahah oui j’suis fasciné par la chose. Faut faire attention parce que c’est comme une drogue enfin c’est aussi une drogue (Rires) mais… En fait c’est aussi une addiction d’aller les chercher.
Il y a aussi la métaphore dans tout ça. J’avais lu un livre d’un garde forestier allemand (Peter Wohlleben) « La vie secrète des arbres » il a fait d’ailleurs un livre sur les champignons après.
Il décrit les champignons comme la sécurité sociale de la forêt avec les échanges de nutriments entre les espèces. Je me suis mis à regarder pas seulement le champignon mais tout ce qui se passe autour.
Ça ma beaucoup apporté.
+ Pour en revenir à la musique, dans ton processus de création comment ça se passe ? Tu fais tout, tout seul ?
F: Ableton c’est mon binome. (Rires)
Souvent c’est du collage de tout et n’importe quoi pendant plusieurs jours sur un titre. Puis d’y remettre un peu d’ordre et faire intervenir le groupe à ce moment là. L’ambiance est déjà là quand ils entrent en jeu.
Le groupe va donner du punch et de la finesse. Après je re-casse encore un peu tout ça pour donner cet aspect un peu râpeux, bizarre.
+ Il y a quelques années avec Fabiola tu avais créé le mouvement « Dracula pop » est ce que tu peux nous en parler ?
F: (Rires) Je m’étais fait un trip. Comme je vous ai dis j’ai eu pas mal de soucis de santé et à un moment j’ai cru que j’allais y passer. Je m’étais imaginé un truc un peu ridicule comme quoi un clown à la « Ça » m’avait sauvé de cette impasse mais qu’il avait fallu que je vende mon âme.
C’était quelque peu grand-guignolesque, se faire peur avec des choses ridicules alors que la mort est là au coin de la rue.
+ Le leader de Dionysos, Mathias Malzieu avait sorti ce livre « Vampire en Pyjama » pour parler de sa maladie.
F: C’est marrant ce que vous racontez parce que j’ai passé toute mon enfance dans plein d’endroits et notamment en Ardèche. J’écoutais une radio à Valence c’était « Fréquence 7 » qui passé Dionysos. On est devenu très pote lui et moi à ce moment là, on a fait des scènes ensemble. Il a produit en partie le premier disque Austin Lace. On était très lié à ce moment là puis la vie est passée par là.
Chacun a poursuivi sa route.
+ Peux tu nous parler un peu de Tim (Tim Clijsters) ex-leader du groupe Feu-BRNS. Il est avec toi sur scène, il est aussi en featuring sur le titre « The nail on the head ». Quelle a été son implication dans le projet ?
F: Il a été d’une aide précieuse dans l’écoute à la fin du disque. Il a été là dans la simplification du propos sur la fin de création. Il apporte un peu d’air, un certain équilibrage au disque.
Il a donné sa voix aussi donc sur ce titre. Il est bien meilleur que moi au chant, ça m’a beaucoup inspiré de le voir faire.
+ Quelle est la suite pour Fabiola ?
On a pas mal de dates en Bretagne donc il faut nous faire jouer dans le sud. Faut pas les laisser faire sinon on va passer notre vie en Bretagne (Rires).
« The Mushroom Type«
Nouvel album de Fabiola
Toujours disponible

