Gurriers – Nobody’s Coming To Save You : le deuxième parpaing post punk

Gurriers / Nobody's Coming To Save You

J’avais adoré Come and See (et leur titre « Des Goblins ») sorti en 2024, et c’est avec un putain de plaisir que j’ai mis dans mes oreilles Nobody’s Coming To Save You, le second opus des furieux Irlandais de Gurriers.

Un post-punk industriel aux airs de chantier naval

Gurriers nous livre une espèce de post-punk métallique qui envoie des riffs taillés pour te réveiller les esgourdes. Il faut dire qu’à la production, on retrouve Mark Bowen (guitariste d’IDLES) et Loren Humphrey (qui a notamment bossé avec Geese). Mais je voudrais revenir sur cet aspect industriel qui couvre tout l’album, un peu comme si le disque avait été enregistré dans une usine poisseuse. Ça donne une urgence et une puissance folle, renforcées par la lourdeur, dans le meilleur sens du terme, du combo basse/guitare.

Dans une précédente chronique, j’avais dit que leur musique était aussi intense qu’un parpaing dans la gueule. Eh bien je ne change pas une ligne, et j’ajoute même un deuxième agglo sur la pile tant leurs riffs sont lourds et profondément énervés. Évidemment, c’est du post-punk, mais ça reste suffisamment mélodique pour te donner une envie irrépressible de pogoter dans un club moite.

 

Entre tension vocale et lueur d’espoir

Côté voix, Dan Cleary navigue quelque part entre la scansion de Grian Chatten (Fontaines D.C.), l’arrogance d’un jeune Damon Albarn et les envolées saturées de Richard Patrick (Filter). On est donc sur un savant dosage de mélodie et de nonchalance rock, sans jamais occulter la brutalité brute de son chant. Un mec sur Reddit comparait d’ailleurs l’album à une version sous stéroïdes de Favourite Worst Nightmare des Arctic Monkeys : si le parallèle musical reste discutable, sur la hargne vocale, il a totalement mille fois raison.

Contrairement à ce que le titre Nobody’s Coming To Save You laisse penser, l’album balance un vrai message d’espoir et incite à l’action individuelle pour combattre l’anxiété ambiante d’un monde qui s’écroule. En gros, le disque te glisse : « OK, le système est percé, OK, j’entends ton tchatche, mais toi, tu fais quoi ? Tu ne peux pas tenter de vider l’océan à la petite cuillère ? ». Gurriers égratigne l’être humain et la société, mais laisse toujours un filet de lumière au cas où quelqu’un mettrait le pied dans la porte.

En résumé, Nobody’s Coming To Save You est un disque d’une honnêteté brute. C’est violent, c’est urgent, mais c’est surtout le coup de pied au cul dont on avait besoin pour ne pas baisser les bras. Un très grand deuxième album.

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