J’ai rêvé de Florence Mendez ( et j’ai lu son roman « Accident de personne »)

J’accorde beaucoup d’importance à mes rêves.

Pas mes rêves de grandeur, de réussite et de succès, hein… enfin si, sûrement, mais c’est pas de ceux-là dont je voudrais parler aujourd’hui.

Je veux dire : mes rêves nocturnes, ceux qui viennent quand je dors. Et même particulièrement ceux d’après l’insomnie de 3 heures du mat’. Ceux-là sont généralement beaucoup plus intenses, plus vifs, plus colorés, plus fous ; c’est ceux dans lesquels je vois des indices ou des signes. Je ne sais pas si vous me suivez, mais ce n’est pas important.

(À titre d’exemple, le texte absurde intitulé « Toulouse n’est plus sur la Méditerranée » est né juste parce que j’avais entendu cette phrase dans un de mes rêves)

Allez, je vous raconte mon rêve.

Cette fameuse nuit, je m’étais couché après avoir regardé un film avec Jessica Chastain (Miss Sloane, je recommande), et j’avais longtemps cherché à qui l’actrice me faisait penser :

à Olivier Minne.

Mais non, à Florence Mendez ! (vous suivez un peu ?)

Il faut dire que j’avais encore forcé sur la glace rhum-raisin.

Dans mon rêve, j’étais à Angers. Pourquoi spécifiquement à Angers, alors que dans le monde réel, c’est Alexis le Rossignol que j’avais fortuitement croisé là-bas ?

(J’ai bien conscience que pour l’instant on dirait du name dropping de gros bâtard mais c’est parce qu’en fait C’EST JUSTE DU NAME DROPPING DE GROS BÂTARD)

Comme dans les rêves, il y avait des gens bizarres dans les rues. Je me souviens surtout d’un skieur qui descendait les rues de la cité angevine en combi intégrale rouge par 30° Celsius. Et ça, ça vous marque.

Le circuit de tram faisait des virages en épingle à cheveux, prenait des tremplins, exécutait des loopings. Et c’était cool.

Je me souviens aussi qu’il y avait une ancienne déchetterie aménagée en parc, avec sculptures post-industrielles, entre lesquelles les couples aimaient flâner.

Je me rappelle encore que des haut-parleurs diffusaient un air de musique. Une chanson romantique passait à la radio, c’était un crooner qui sirupait « Nous avons quatorze heures pour rattraper vingt-six années »

(oui c’est assez précis comme rêve hein).

Et au milieu de cet univers Lynchien, je cherchais désespérément une librairie pour acheter le livre de Florence, avec ce raisonnement imparable : si j’achète son livre, je vais me le faire dédicacer. Si elle me le dédicace, on engage la conversation. Et si on engage la conversation, qui sait ce qui pourrait arriver ensuite ?

Mais malheureusement, pas moyen de trouver une librairie sur Angers qui avait Accident de personne à vendre !

Au réveil je n’avais plus qu’une idée en tête.

Non, deux idées : 1/ lire ce livre, et 2/ me calmer sur la dose de glace rhum-raisin psychotrope avant de dormir.

*****

J’adore l’humour de Florence Mendez que je connais surtout au travers de ses chroniques radio satiriques, d’abord sur France Inter, maintenant sur Radio Nova.

On sait ses engagements forts sur des sujets hyper importants : la place des femmes, le mouvement #MeToo, la santé mentale, l’abus de pouvoir des plus riches, le racisme… etc.

Ses prises de positions publiques qui lui font honneur lui ont parfois values d’être écartée, virée ou censurée.

Je crois que l’humour au service d’une cause, celui de l’artiste engagée, c’est celui que je préfère. D’autant plus quand c’est servi avec une bonne dose d’humour noir.

(Je suis aussi team Pierre-Emmanuel Barré aussi, mais j’ai déjà parlé de lui ICI)

 

Je me dis que ça ne doit pas être simple de passer au roman quand on est habituée à faire des chroniques courtes, et qu’on excelle dans l’art d’écrire des sketchs.

J’écris moi-même une chronique satirique hebdomadaire (celle-là), et je peux vous dire que même si l’envie est là, je ne me sens pas du tout prêt pour le marathon qu’est l’écriture d’un roman.

MAIS PUTAIN TU VAS FINIR PAR NOUS PARLER DE SON LIVRE OUI ON NON ???

Oui.

Dans Accident de personne, on retrouve des phrases qui claquent, un sens de la formulation, presque des punchlines, qui sont sa signature en format court.

L’univers est très noir et on y rencontre un catalogue de personnages assez déglingués par la vie (euphémisme). Des gens qui sont à la marge de la société, qui cherchent une place qu’on ne leur a jamais accordée.

 

« Je pourrais lui dire que j’ai perdu ma place. La vérité c’est que je ne l’ai jamais trouvée« 

 

L’intrigue ? Daphné, l’héroïne, au bout de sa vie, veut mourir par tous les moyens mais n’arrive pas à se résoudre au suicide. En toute logique, elle engage donc un tueur pour lui régler son cas, mais vous vous en doutez pour qu’il y ait un roman, rien ne va se passer comme prévu. C’est suffisamment alléchant pour vous donner envie de le lire, non ?

Le roman est aussi un prétexte pour parler des sujets qui lui tiennent à cœur (trigger warning) : les problèmes psy, la masculinité toxique, la pornographie, la police, l’amour, la place de l’enfance (dans le désordre).

On pourrait tout à fait illustrer ce roman par cette phrase de Youssoupha dans le morceau Suprême :

« N’renoncez pas à vos failles, car c’est par là que la lumière passe »

(J’aurais aussi pu citer Métal Urbain « J’irai chier dans ton vomi / pour t’apprendre la poésie », mais je sais pas pourquoi, je sens que c’était moins pertinent)

Accident de personne est un roman drôle par ses saillies verbales qui met ses personnages dans des situations parfois vraiment très noires (le reflet de notre société ?) mais qui n’a pas renoncé à tout espoir.

Et puis surtout, un roman qui dit ça,

« Bukowski. ça c’est ma came. Alcoolo, aigri, dégueulasse, enfant d’un siècle qui le digère, il écrit des trucs d’une poésie folle« 

a définitivement gagné sa place sur ce site et dans ma bibliothèque !

Un vrai chroniqueur littéraire aurait sans doute tracé une filiation avec Virignie Despentes mais je n’ai lu qu’un ou deux de ses romans, et c’était il y a longtemps, donc je préfère fermer ma gueule.

Si je peux juste me permettre un bémol, je dirais que j’ai trouvé le roman parfois un peu trop didactique sur certains des sujets traités. Et j’aurais aussi préféré un peu plus de nuances chez certains de ses personnages. Mais ça, c’est juste mon goût personnel.

Je vous laisse, apparemment il ne me reste plus que 13 heures 32 minutes pour rattraper 26 années.

Un livre à lire avant l’apocalypse nucléaire, mais tardez pas trop quand même …

*****

Couverture d'Accident de Personne de FLroence Mendez. Sur fond bleu, une femme brune légèrement vêtu dont la nuisette laisse apparaître un sein est allongées sur une tête de mort.

Accident de personne, Florence Mendez, Ed. Massot, 2023

Allez l’acheter chez votre libraire du village. Et s’il n’y a plus de librairie, c’est simple : ouvrez-en une.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *