Janelle Monae feat Erykah Badu – Q.U.E.E.N

Il y a des featurings qu’on espère depuis longtemps sans jamais oser y croire vraiment. Janelle Monáe et Erykah Badu ensemble sur un même morceau, c’était le genre de rêve mouillé pour amateurs de soul futuriste qu’on garde secrètement dans un coin de la tête. Et voilà que ça arrive, sous la forme de Q.U.E.E.N., premier extrait dévoilé du très attendu deuxième album de Janelle, The Electric Lady, prévu pour cet automne.

Janelle Monae, la reine

Le morceau, sorti fin avril, ne perd pas de temps à installer son ambition : c’est du funk-art déclaré, une déclaration de principe sur cinq minutes qui refuse toute case. Janelle a expliqué que la chanson naît de conversations privées avec Erykah, cette dernière étant depuis longtemps une sorte de grande sœur spirituelle pour elle. On sent cette complicité dans le morceau, une structure en questions-réponses où Janelle égrène ses pensées sur la sexualité, la religion, l’identité, avant qu’Erykah ne débarque avec cette autorité tranquille qui la caractérise depuis toujours.

Le titre lui-même, Q.U.E.E.N., est un acronyme jamais totalement explicité mais dont on devine le sens politique : une célébration de tout ce qui a été mis à l’écart, marginalisé, exclu. Rien d’étonnant venant d’une artiste qui a construit toute son identité visuelle sur le costume noir et blanc, refusant justement les assignations binaires depuis son premier album ArchAndroid.

Et puis il y a le clip, sorti début mai, qui change absolument tout. Réalisé par Alan Ferguson, il nous plonge dans un musée vivant du futur, où Janelle et sa bande de rebelles de la Wondaland Arts Society sont exposés comme des pièces de collection, figées, avant de reprendre vie dans une chorégraphie saccadée, mécanique, hypnotique. Erykah y fait une entrée magistrale sous les traits de Badoula Oblongata, afro blond cendré et fouet à la main, tandis que Janelle enchaîne les poses mod savamment maîtrisées. C’est du grand spectacle assumé, entre défilé de mode et manifeste politique, porté par une direction artistique qui frôle la perfection.

Ce qui frappe, c’est le contraste entre la légèreté apparente du groove et la densité du propos. Q.U.E.E.N. donne furieusement envie de danser tout en posant des questions qui piquent. C’est exactement la marque de fabrique de Janelle Monáe depuis ses débuts : offrir un spectacle total, généreux, dansant, tout en refusant de sacrifier le fond sur l’autel de la forme. Si The Electric Lady tient toutes les promesses de ce premier chapitre, l’automne s’annonce très prometteur.

 

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