Jehnny Beth sort « You Heartbreaker, You » : la bête dans le miroir

Il y a des albums qui se laissent apprivoiser, qui t’invitent doucement à entrer. Et puis il y a You Heartbreaker, You. Ici, pas de poignée de main ni de verre de bienvenue : Jehnny Beth t’ouvre la porte à coups de crosse, t’attache à la chaise et te fait avaler sa vérité brute, sans sucre ni anesthésie.

On connaissait déjà la gifle High Resolution Sadness, les griffures froides d’Obsession. Mais ces éclats n’étaient que des avertissements, des préludes à un disque qui fonctionne comme un rituel complet. Chaque morceau est un chapitre d’une descente, pas aux enfers mais dans une intimité obscure, sensuelle et violente, où désir et destruction s’embrassent à bouche que veux-tu (j’adore cette expression).

Une intensité sans issue

Produit avec Johnny Hostile, l’album est un monstre à deux têtes : chirurgical et organique, précis et sale, industriel et viscéral. Les guitares grincent comme du métal chauffé à blanc, les beats cognent comme une machinerie de guerre, et par-dessus tout, la voix de Jehnny, cette lame qui sait aussi devenir caresse. On pense à Nine Inch Nails, à Swans, parfois à PJ Harvey dans ses moments les plus carnivores. Mais toujours avec cette empreinte unique : une sexualité froide et brûlante à la fois, une colère qui danse.

Du sang, de la sueur et du cinéma

Chaque titre ressemble à une scène volée à un film que Lynch n’a pas encore tourné (enfin il pourra plus le pauvre). Des nappes de bruit qui montent, une basse qui vrombit comme un moteur en panne, et soudain Jehnny qui surgit, chuchote, hurle, caresse, griffe. On est dans une BO intérieure, celle de nos pulsions, de nos démons, de nos failles.

You Heartbreaker, You n’essaie jamais de séduire, il prend, il mord, il réclame qu’on s’abandonne. Et quand la dernière note s’éteint, on reste là, vidé, rincé, mais étrangement plus vivant. Comme après un combat ou une étreinte interdite.

Jehnny Beth signe ici son disque le plus radical, le plus incarné. C’est noir, intense, sans concession. Et c’est, surtout, magnifique.

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