Le duo qui dort le jour et compose la nuit
Marie Madeleine, ce n’est pas une nana qui chante, c’est un duo : Diana Kill au chant et aux claviers, Alfred Moon au chant, aux claviers et aux machines. Révélés en 2010, le genre de groupe qu’on décrit toujours avec une formule un peu too much mais qui, ici, colle plutôt bien : l’enfant caché de Johnny Cash et Donna Summer, ou selon les versions du storytelling promo, de Joy Division et Donna Summer. Bref, une noirceur country-cold-wave qui va se frotter à un groove disco poisseux. On appelle ça, chez eux, la Disco Wave, et Diana Kill en est officiellement la Reine, couronne en toc et gin artisanal à la main.
Une chanson sur la noyade, littéralement
Swimming Pool sort en 2011, clip un tantinet sexy à l’appui, immortalisant une nuit arrosée au bord d’une piscine où l’alcool, le désir et une bonne dose d’autodestruction se battent en duel. Les paroles enchaînent les verbes à l’infinitive comme un mantra fiévreux — chanter, couler, mourir, plonger, aimer, quitter, tirer, pousser — dans une boucle hypnotique qui sonne presque comme une incantation. On y suit un narrateur perdu, à moitié ivre, à moitié submergé par une adolescente qui le dépasse largement niveau sang-froid. Sympa comme ambiance pour un tube d’été.
Le tube qui attendait son heure
Pendant dix ans, la chanson vit sa petite vie, plutôt discrète malgré un accueil déjà correct à l’époque. Et puis, vers 2021-2022, la magie noire de TikTok frappe : des vidéos d’ados qui reprennent le couplet sombre ou qui enchaînent le refrain obsédant façon défi karaoké (avec un petit air d’Itsy Bitsy Petit Bikini, popularisé chez nous par Dalida mais composé à l’origine par Brian Hyland — la boucle est bouclée, l’histoire de la pop adore se mordre la queue). Résultat : Swimming Pool grimpe jusqu’à la troisième place du classement viral mondial Spotify, cumule aujourd’hui plus de 60 millions d’écoutes, et Universal rachète les droits du morceau contre une avance de 45 000 euros. Pas mal pour un titre qu’on croyait tranquillement rangé au fond de la piscine, justement.
Le retour du groupe
Cet emballement inattendu a évidemment donné des ailes au duo, resté « off the grid » pendant plusieurs années. Synthés dépoussiérés, ampli de basse rebranché, vocalises retravaillées autour d’un bon gin — comme quoi tout se fait dans la joie et la bonne humeur — Marie Madeleine est repartie en tournée, a enchaîné les singles (The End, No Love, Again) sur son propre label, Supermusique, et a rappelé au monde que la noirceur et la sensualité, ça reste un putain de bon combo quand c’est bien dosé.
Voilà comment une chanson sur une nuit ratée au bord d’une piscine devient, dix ans plus tard, le genre d’histoire qu’on raconte pour expliquer que non, rien n’est jamais vraiment mort dans la musique — ça flotte juste un peu, en attendant son heure.



