Il y a des disques qui débarquent en fanfare, tambours et confettis, et il y a ceux qui entrent par la porte de service, sans frapper, et qui s’installent dans ton salon comme s’ils y avaient toujours vécu. Grey Reverend appartient clairement à la deuxième catégorie. Son premier album, Of The Days, sorti le 11 juillet chez Motion Audio, ne cherche à impressionner personne. Et c’est justement ce qui m’a mis une claque.
Petit rappel des faits pour ceux qui, comme moi il y a encore trois semaines, n’avaient jamais croisé ce nom : Grey Reverend est le pseudonyme d’un guitariste et chanteur basé à Brooklyn, repéré par Jason Swinscoe (oui, celui de The Cinematic Orchestra) dans des circonstances qui sentent bon la légende urbaine — une rencontre dans un café, comme si on était encore dans un monde où ces choses-là arrivaient. Résultat : un contrat sur le label de Swinscoe, Motion Audio, maison qui héberge aussi Lou Rhodes. Ambiance feutrée garantie dès le générique.
Walk The Same, ou l’art de ne pas en faire trop
Ce qui frappe, c’est cette filiation avec le jazz qui affleure sous la folk sans jamais la phagocyter. On sent que ce mec a écouté autre chose que des types avec une guitare sèche et un regard mélancolique braqué sur l’horizon — il y a une science du silence, une manière de placer les accords qui trahit une oreille bien plus large que le simple folkeux de coffee-shop. On pense, sans que ce soit un décalque, à un croisement improbable entre Bill Withers un dimanche pluvieux et un guitariste de jazz qui aurait égaré sa section rythmique et décidé que finalement, c’était très bien comme ça.
« Walk The Same », c’est le genre de morceau qui ne te saute pas dessus dans le métro mais qui te retrouve trois jours plus tard, en pleine vaisselle, en train de fredonner un truc que tu croyais avoir oublié. C’est discret, patient, et diablement efficace. Le genre de chanson qui n’a pas besoin de crier pour qu’on l’écoute.

