C’est un basculement imperceptible. Vers 18h00, le dimanche change de saveur. Le film de l’après-midi n’a plus le même goût, et chaque tic-tac de l’horloge résonne comme un pas de plus vers l’échafaud de la vie de bureau. Quand tu sais que demain c’est lundi, ton corps entier entre en résistance. Tu tentes de négocier avec le temps, d’étirer la soirée au maximum, mais la réalité est là, froide et implacable comme un tableur Excel.
Il fallait bien la froideur robotique et la mélancolie dansante de ‘Blue Monday’ pour mettre ce sentiment en musique.
Dès l’introduction, ce battement de tambour électronique, sec et répétitif, imite parfaitement le marteau-piqueur de l’anxiété qui commence à taper dans ton crâne. C’est une musique de club, oui, mais une musique de club pour les gens qui ont le vague à l’âme. La ligne de basse sombre de Peter Hook et la voix monocorde de Bernard Sumner capturent cette résignation totale : tu vas devoir y retourner. Le morceau dure plus de sept minutes, soit exactement le temps qu’il te faut pour fixer le plafond de ta chambre en te demandant pourquoi tu n’as pas encore tout plaqué pour élever des chèvres dans le Larzac. ‘How does it feel to treat me like you do?’ demande la chanson. On ne sait pas si elle parle d’un amant cruel ou du réveil qui va sonner à 7h00, mais la douleur est la même.



