Sly Stone est mort, et le funk a perdu son prophète

Sly Stone est mort ce 9 juin 2025, à 82 ans. Et j’te jure, j’ai entendu le funk tousser.

Parce que voilà, c’était pas juste un musicien. C’était un putain de soulèv’ment. Un gars qui a dit merde à la logique, au formatage, au racisme, aux barrières entre les genres, entre les sexes, entre les sons. Un gamin prodige de Vallejo qui jouait de tout à la radio locale avant même que le LSD ait infusé dans le vinyle. Un type à la fois doux et halluciné, le genre à écrire des tubes comme on allume des feux.

En 1967, il fonde Sly and the Family Stone. Le nom claque déjà comme une utopie. Une vraie family, noire, blanche, mixte, homme, femme, frère, sœur, tous ensemble à cracher de la sueur et des messages sur scène. L’idée, c’est pas de faire danser la révolution. C’est de la faire transpirer. Et dès Dance to the Music, ils deviennent le son d’un nouveau monde. Plus libre, plus sale, plus joyeux, plus bordélique.

Avec Stand!, ils explosent. Et puis il y a There’s a Riot Goin’ On en 1971, l’anti-Woodstock, la gueule de bois d’un rêve hippie flingué par le Vietnam, la coke et le cynisme. C’est un disque étouffé, génial, lent comme un mauvais trip mais puissant comme une vérité qu’on aurait cachée sous le tapis. Pas de groove évident, juste un spleen compressé dans des boîtes à rythmes avant-gardistes et des lignes de basse désaccordées. C’est là que naît le funk futuriste. C’est là que George Clinton prend des notes. Que Prince écoute en boucle. Que D’Angelo, plus tard, comprendra comment faire du sexe avec du désespoir.

Mais voilà, Sly, c’est pas une success story. C’est un crash en direct. Drogues, parano, concerts foirés, silences radio, apparitions fantômes. Le génie s’efface derrière la légende. Pendant des années, il disparaît. On dit qu’il dort dans une bagnole. On dit qu’il écrit encore. On dit rien, surtout.

Et puis il réapparaît parfois. Un Grammy, une apparition chelou au Rock & Roll Hall of Fame, une autobiographie incroyable publiée en 2023, sobrement intitulée Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin), comme son tube surréaliste de 1969. Il y raconte tout : la musique, les excès, la chute, le silence. Et l’amour, toujours, de cette chose inclassable qu’est le funk. Pas juste une musique : une manière de tordre le réel pour qu’il groove quand même.

Aujourd’hui, il est parti. Tranquille, selon ses proches. Loin des scènes, mais jamais loin des samples. Parce qu’il est là, Sly. Dans Hotline Bling, dans Hey Ya!, dans To Pimp a Butterfly, dans Random Access Memories. Dans les cris de Janis et les silences de D’Angelo. Dans chaque ligne de basse qui te fait froncer les sourcils comme si tu comprenais enfin quelque chose au monde.

Alors ouais, Sly Stone est mort. Mais tant qu’on bouge encore la tête, tant que le beat tombe jamais vraiment sur le 1, tant qu’on croit qu’on peut faire danser la paix – il est vivant. Et il sourit.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *