INTERVIEW : chest. La claque assurée pour de longues années !

Après une année folle pour les parisiens de chest. on revient avec Nico, second guitariste du groupe pour regarder dans le rétro de 2025 et penser à l’avenir.

chest

// Vous êtes un groupe qui transpire la musique, puisque certains d’entres vous bossent au « Supersonic » à Paris.
Est ce que c’est compliqué quand on est tous dans ce milieu de production et autres, de monter un groupe ? Est ce que le coté perfectionniste du son n’est pas un frein ? 

Nico: Alors dans le groupe nous sommes 3 ingé son à plein temps, Elliot et moi même faisons de la production, il y a même l’ingé son de chest. qui est l’ingé son du Supersonic (Rires).
Pour le coté perfectionniste, pas du tout c’est tout le contraire finalement. On a cette expertise que tous les groupes n’ont pas.
Quand on fait tourner quelque chose en répète, on sait rapidement si ça va marcher en live ou pas.
En revanche il y a un moins bon coté, comme il y a des intermittents dans le groupe pour avoir des dispos c’est pas souvent évident.
Pour l’aspect purement technique c’est l’une de nos forces.

 

// Vous savez ce que vous voulez et aussi comment l’avoir. 

Nico: Bah c’est ça.
Après heureusement qu’il y a Elliot et moi qui sont un peu en dehors du son pour parfois dire aux gars: « Là franchement entre la V7 et la V8 du mix on voit pas du tout la différence ». (Rires)
Pour la direction artistique globale il n’y a pas trop de pinaillages.
On arrive tous à s’entendre la dessus, on a les mêmes goûts musicaux. Malgré le fait qu’on soit ingé son on aime bien le coté noise un peu sale donc on recherche pas un truc tout lisse et tout propre.

 

// Votre EP « All good things end » est sorti il y a presque un an, il est d’une qualité remarquable tant par les textes, que la musique jusqu’à la cover.
Comment faites vous pour la création des morceaux ? Quel est votre processus créatif ?
 

Nico: Alors les textes arrivent généralement en dernier, c’est la dernière pièce du puzzle.
Pour l’EP on a pas mal fonctionné à distance, en s’envoyant des démos.
On est partis sur pas mal de lignes de basse de Pierre-Louis qui est la personne la plus douée techniquement du groupe. Il avait beaucoup d’idées et nous on est venus s’imbriquer dans tout ça.
On s’est ensuite retrouvés en répète. On jam sur les trames principales.
Il y a des morceaux sur l’Ep qui ressemblent quasi à ce qu’on a pu jammer en répète.
« Self Sabotage » par exemple, la ligne de basse est la même que sur la démo.
Pour faire court c’est souvent une personne qui va apporter une idée, chacun va travailler un peu chez soi puis on met tout en commun et le morceau né.

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// Vous pensez la musique assez « live », comment sait on quand il faut s’arrêter pour dire « tiens là c’est bon le morceau sonne » ?

Nico: Effectivement on est assez direct dans notre musique. Il y a une réponse claire à ça c’est qu’on n’a pas beaucoup de temps. C’est notre réalité.
Grâce ou à cause de ça on est dans une certaine urgence, on ne se pose pas 36 questions.
Nos morceaux sont taffés en répète et dès qu’on sent qu’on a le truc c’est que le morceau est bien. On fait beaucoup de test en live aussi pour voir la réaction du public. S’il y avait des passages qui matchent moins en live on les retravaillent.
Il n’y a pas de sous réflexion de nos morceaux.
Il y a bien sur quelques retouches de production mais on est vraiment un groupe de l’instinct, une certaine spontanéité.

 

// Cette façon de faire vous convient j’imagine, est ce que vous voulez la conserver ? 

Nico: Malheureusement pour le moment on n’a pas le choix (Rires).
C’est ce qui permet aussi au projet d’aller très vite.
En revanche on prend pas mal de temps en production. Une fois qu’on a les structures que c’est enregistré tout ça, sur les 3 ingé sons y’en a quelques uns qui aiment bien se pignoler sur tel son, tel machin… (Rires).
C’est Thibaut le batteur qui mixe tout, il ajoute pas mal de choses en post prod pour faire sonner le tout comme on l’entend en live. 

 

// La cover de l’Ep symbolise bien votre musique. Cette fleur prise en étau, asphyxiée dans le plastique. Est ce que c’est un peu le reflet sociétal, l’humain tout simplement asséné par cette ambiance morose globale ?

Nico: Un petit peu.
Le nom de l’Ep est assez cynique, les paroles d’Elliott le sont aussi. Ce qu’on a voulu retranscrire avec cette pochette, encore une fois sans trop réfléchir de manière hyper intense.
On a travaillé avec une artiste qui s’appelle Ludivine Pommet, qui avait fait toutes les illustrations des singles qu’on avait sorti auparavant.
On lui a donné carte blanche, avec les grandes lignes de l’Ep, les émotions qu’on voulait retransmettre. Dès quelle nous a présenté ça on trouvait que ça symbolisé beaucoup notre musique.
La seule ligne directrice qu’on lui a demandé de respecter c’est de sortir un peu des codes post punk / noise. S’abroger du noir et blanc.
Il y a eu une mode il y a 2 / 3 ans on retrouvait pas mal cette couleur vert égout, vert marais. Ça nous ressemblait pas forcément.
Quand Ludivine nous a proposé ça on trouvait que ça contacte bien avec notre musique assez abrasive et on a dit let’s go !
Là dedans tu peux aussi y voir qu’on vit effectivement dans une société où tout le monde est triste et nous on est là avec notre espoir que ça change.
C’est peut être ce qui se passe dans l’inconscient de tout le monde.
Il y a des personnes qui nous ont comparé à travers cette pochette à « Violator » de Dépêche Mode. Ce qui n’était pas du tout voulu (Rires).
Moi ça me va très bien c’est mon groupe préféré.

 

// Pour vous avoir vu sur scène récemment à Troyes au festival « Nos rêves font du bruit », j’ai trouvé, outre l’aspect de votre puissance scénique qui vous prend à la gorge et ce coté post punk évidemment qui est là, qu’il y avait un coté hyper dansant aussi comme ce que peut proposer Chalk par exemple. 

Nico: C’était clairement un objectif dans le groupe. Je pense que ça vient aussi de nos ADN musicaux.
Pour revenir aux débuts de chest. on s’est monté autour de Pierre-Louis et moi même.
A la base je ne sais pas jouer de la guitare mais j’aime faire du bruit.
Mes groupes préférés sont Gilla Band, Ditz, etc etc et à coté tu as Pierre-Louis et les autres qui sont dans une esthétique très dansante à la LCD Soundsystem, Chalk
Pilou (Pierre-Louis) arrive aussi de l’électro.
On a très vite compris que si on voulait sortir du poncif post punk et pas être un énième sous Idles, sous Ditz… il fallait qu’on trouve notre patte.
On adore Model Actriz, Chalk… notre objectif c’est de faire pogotter mais aussi danser les gens.

 

// Tu parles de Ditz vous avez joué plusieurs fois avec eux cette année.
C’est une case cochée j’imagine ? 

Nico: Clairement pour moi c’est un de mes groupes préférés. Il y a une private joie dans le groupe qui disait « Si un jour on ouvre pour Ditz, on arrête » (Rires).
Depuis qu’on a fait ça pour ma part c’est que du bonus. On a énormément de chances.
Je les ai vu pas mal de fois en concerts. On a sympathisé avec eux.
Dès qu’ils ont su qu’on avait un projet qui sortait. Ils ont écouté, et aimé.
Ils nous ont proposé de partager des scènes.
Depuis qu’on a ouvert pour eux, en plus c’était pile dans la sortie de l’Ep, ça nous a jetté dans le grand bain. On se souviendra toujours du premier concert qu’on a fait avec eux, c’était au transbordeur à Lyon. 500 personnes chauffées à blanc.
On avait à peine 10 concerts dans les pattes.
Ça nous a mis une bonne pression. Une formation express.
Puis c’est des gens géniaux, très simples. Tout était parfait.

 

// Vous avez aussi été invité par Knives pour leur « Reglitter » et ce morceau PHD.
Comment s’est faite la rencontre et le travail avec eux ? 

Nico: Avant qu’on ne se connaisse via nos groupes respectifs. Moi je les connaissais via mon ancien poste au Supersonic. Je les avais repérés sur les réseaux en tapant un truc du style noise post punk. C’est le style que j’écoute le plus.
J’avais réussi à les chopper pour qu’ils viennent faire une date au Supersonic entre deux dates.
Il nous ont mis une branlée interstellaire.
De fil en aiguille on s’est pris d’amitié tous ensemble et un peu comme avec Ditz, dès qu’ils ont su qu’on avait ce projet ils ont voulu nous rendre la pareille.
On a joué avec eux au Point Ephémère et au Klub à Paris.
Pour leur projet de « Reglitter » le concept c’était de faire venir leurs potes de scène.
Ils nous ont demandé en août de choisir un morceau de leur disque.
On a choisi « PHD » parce que c’est une chanson qui nous correspond bien.
C’est hyper la classe, on est aux cotés de Cal Francis le leader de Ditz, de Carson Pace pour The Callous Daoboys.

 

// Il y a aussi cette histoire un peu folle pour un jeune groupe, qui est quand début d’année le magasine NME vous a cité parmi les 100 groupes à suivre en 2025.
Comment vous avez pris cette nouvelle ?
 

Nico: On a absolument rien compris à ce qu’il se passait. C’est pas comme ci on était allé chercher ça. On a cru à un fake.
Au départ il y a un mail d’NME qui arrive. On a pensé à une newsletter car Elliott lisait ça plus jeune.
Puis c’est un site qu’on consulte régulièrement etc etc.
Après le mail était tout bizarre en mode: « Bonjour je suis tatata de NME, vous pouvez m’envoyer un morceau ? » Un truc du style.
On a tapé son nom sur le net et on n’a rien trouvé. Dans le doute on a répondu en demandant plus de précisions. On pensait avoir une réponse automatique d’un spam.
Et en fait non il y a bien un humain derrière qui nous a répondu: « On a décidé de vous mettre dans le NME 100 etc etc ».
On s’est dit qu’est ce que c’est que ce bordel ? (Rires) je crois qu’à l’époque on avait sorti que 2 morceaux. Complètement fou, je ne sais pas vraiment comment ils nous ont trouvé.
Ça nous a fait un plaisir dingue et aussi une gros coup de pression. C’était une super consécration pour un jeune groupe que nous sommes.
On a eu une belle visibilité très vite aussi grâce au NME. 

 

// Un premier album est en préparation, tu peux nous teaser quelques infos ? 

Nico: Bien sur ! Il est normalement prévus pour fin d’année 2026. On n’a pas du tout terminé de le composer. Quand je vous dis qu’on a 0 temps c’est vrai (Rires).
Le premier single « Entertainement » qui est sorti a été enregistré à La Frette. Il sera dans le disque.
On espère pouvoir tout enregistrer la bas mais ça ne dépend pas de nous.
D’ici là on va encore beaucoup jouer.
Je parle au nom du groupe pour dire que c’est un gros challenge cet exercice du premier album.
Le réussir ou passer à la trappe.
L’idée c’est de sortir quelque chose dans la continuité de l’Ep mais en sortant des sentiers battus. Moins « Idles like ».
On essaye de trouver notre propre personnalité qui sonne comme du chest.

 

// chest. S’écrit en minuscule et avec un point au bout. Point d’ailleurs rajouter par le bassiste de Pop Crimes. 

Nico: On n’est pas une bande de personnes très intelligentes (Rires). Nous ça nous faisait marrer. Aussi, on a remarqué que tout le monde écrit son nom en majuscule nous on s’est dit qu’on allait faire l’inverse total. Pour le point on trouvait ça joli et aussi si tu rajoutes ce point tu nous trouves immédiatement sur l’internet.

 

// « Entertainment » aborde ce flot constant sur les réseaux, les infos etc etc, c’est ce qui est un peu abordé dans ce titre. Quels impacts ont les réseaux sur vous ? 

Nico: Je pense que cette réponse peut être vu de 2 manières différentes.
Pour ma part je passe trop de temps à scroller sur mon téléphone, à se bousiller le cerveau.
D’une manière beaucoup plus politique, depuis le second mandat de Trump on nous abreuve de pseudos vérités, faire plus de contenus que d’informations.
Aujourd’hui on se rend compte que l’information n’est plus du tout interessante aux yeux de certains médias. Il y a une certaine quête du « clic ».
Tout ça nous inquiète pas mal.
Il y a aussi la comparaison avec ce qu’il se passe chez Spotify.
Est ce que la musique ce n’est que du contenu et du divertissement ou est ce que c’est un art à part entière ?
Alors il semblerait que la société dans laquelle on vit à tendance à tout marketter, tout transformer en produit.
Ce qui intéresse les gens qui ont de l’argent ce n’est pas l’art en général mais une sorte de course folle au profit quitte à dire des mensonges pour faire vendre.
Certaines personnes vont regarder BFM TV non pas pour la véracité du propos mais plus pour voir deux personnes s’engueuler ou insulter les musulmans.
C’est les jeux du cirque 2.0. 

 

// Sur l’album à venir on pourra retrouver quels types de thèmes abordés? Est ce que l’aspect « politique » du groupe est forcément marqué ? 

Nico: Il y a un fil rouge d’une certaine observation du monde dans lequel on vit.
Donc oui le disque sera dans cette ligne là.
Sur « Blood on your doorstep » on a abordé le sujet des personnes qui vivent dans la rue et nous autres qui passons à côté sans se soucier d’eux. C’est effrayant.
Elliott qui écrit toutes les paroles, même si on a un regard dessus, traite les titres comme un trentenaire qui vit dans le monde dans lequel on vit.
On peut dire que quelque part nous sommes un groupe politisé.

 

// Tu parlais de marketing via Spotify notamment, comment vous vous positionnez par rapport aux plateformes ? Est ce que c’est un mal nécessaire ?
On pense à Bruit qui refuse d’en être.
 

Nico: C’est une question compliquée pour un jeune groupe mais très interessante.
Partons du principe qu’on est un petit groupe. Il vaut mieux être écouté par le plus grand nombre et allé envoyer des messages politiques qui s’écoutent le plus possible plutôt que de les envoyer à une certaine niche qui est déjà voué à la cause.
C’est encore une fois un des paradoxes qu’un humain peut avoir. Être politisé tout en étant sur Spotify.
Si à l’avenir on explose et qu’on peut s’en enlever on le fera.
Je pense à un groupe qui m’inspire énormément, vous avez parlé de Bruit, mais Lambrini Girls elles ont totalement conscience de ça. Elles ont cette volonté là d’utiliser les plateformes pour tout détruire de l’intérieur.
Si chest. s’enlève de Spotify, ils vont dire: « bah ok cool » alors que si tu l’utilises pour le combattre de l’intérieur ça peut avoir plus d’impact. Mais bon c’est un éternel débat.
Pour un groupe émergent, se priver de tout ça c’est difficile à l’heure actuelle.
C’est à nous d’en avoir conscience.

 

// C’était comment Rock en Seine cet été ? 

Nico: Franchement incroyable. En plus on jouait en même temps que Fontaines D.C. on pensait jouer devant nos familles et potes.
On a eu beaucoup de chances parce qu’il y avait beaucoup de monde à Rock en Seine et pas mal de curieux sont venus nous voir.
Pour nous c’était une expérience de dingue, on a joué devant des milliers de personnes et ça ne nous était pas arrivés jusqu’ici.
On a fait un de nos meilleurs concerts. Un peu surréaliste.

 

chest

« All good things end »
1er Ep de chest.
Toujours disponible

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