Je vous bassine avec mon top des titres 2025, il m’a donc semblé plus court de vous dévoiler mon album de l’année, celui que j’écoute en boucle depuis sa sortie. J’aurais pu évoquer celui de Geese également ou celui de Landmark mais celui de Turnstile est beaucoup plus resté dans mes oreilles.
Mais avant de dérouler mon point de vue, un peu de contexte. Never Enough est le quatrième album studio de Turnstile. Il est sorti le 6 juin 2025 via Roadrunner Records. C’est leur premier album après “Glow On” (2021), sortit quatre ans plus tôt, c’est surtout le premier avec Meg Mills en seconde guitare, laquelle n’a pas participé à l’enregistrement, mais au reste. Il a été produit par Brendan Yates (le chanteur du groupe) et enregistré entre Los Angeles et Baltimore. L’album et certains de ses titres ont 5 nominations au grammy awards qui auront lieu en février prochain.
Jamais assez de tout
Il n’y a pas vraiment de thème sur l’album, mais une ambiance un peu désabusé. J’en ai jamais assez mais je ne sais pas trop ce que je veux et j’ai pas le temps semble nous dire le groupe. C’est un peu comme si tu avais tout ce que tu avais toujours voulu, mais que tu as la perception qu’il te manque encore quelques choses, mais quoi ? Il y a pourtant un coté lumineux, pas mélancolique. D’ailleurs NME a qualifié l’album de “hardcore poptimism”, je trouve que ça correspond bien à l’album. D’ailleurs pour dire absolument l’inverse de ce que j’ai dit il y a deux lignes, je trouve que certains titres sont des appels à faire groupe, à la fraternité pour amener aux changements. Comme un pogo, me direz-vous, où la violence se déchaine tandis qu’on fait attention à tous. Je me suis dis aussi que cet appel à la fraternité résonne avec la fracture pro et anti trump qui sévit aux Etats Unis et comme le groupe est américain, je trouve ça pas si bête. Vous me direz
Never Enough, un hardcore expérimental
Ce qui me plait dans cet album, ce sont les alternances de calme presque atmosphérique, presque electro et les moments hardcore addictifs. J’aime aussi ces montées lentes, les moments pop et paf, non pas des chocapics mais des grands coups de brutal dans mes oreilles. Les morceaux alternent mer pop et tempête comme le duo « seein’ star et birds : l’un est très 80’s, l’autre envoie le riff et la montée la plus addictive que j’ai écouté de l’année. C’est ça qui me plait. C’est pas du hardcore tout le long, on nous laisse reprendre notre souffle, ressortir de la tempête d’émotions que Yates nous transmet.
Bien que le groupe ait enregistré l’album comme un quatuor, ils sont allés chercher un peu de richesse ailleurs, une trompette sur Dreaming, des saxophones et une flute parce que la flute dans le rock, c’est toujours génial, ne me contredisez jamais. Ils ont même été cherchés des voix féminines avec Hayley Williams de Paramore. Cela rend l’album plus riche, plus dense encore et je reviens encore à mon idée de faire groupe, communauté.
Au final, Never Enough est un disque que je n’essaie même plus de comparer. Ni à Glow On, ni aux autres sorties de 2025. Il est là, il tourne, il revient, et il ne me lâche pas. Il ne cherche pas à être radical tout le temps mais il me donne envie de pogoter avec plein de gens.
Turnstile réussit ici un équilibre que peu de groupes hardcore atteignent : être ambitieux sans être prétentieux, accessible sans être lisse, fédérateur sans être naïf. Never Enough donne envie de faire bloc, de lever la tête, de se rappeler que même dans le chaos, même sans gouvernement on peut encore avancer ensemble. Et si c’est ça, finalement, ne jamais en avoir assez, continuer à chercher, à ressentir, à partager, alors oui, cet album mérite largement sa place tout en haut de mon année musicale.