Routine vs Mutation : Comment Muse, Arctic Monkeys et The Strokes gèrent le temps

arctic monkeys

Dans le rock indé, avoir une longue carrière est une épreuve de force. Quand un groupe dépasse les vingt ans de carrière, une question cruciale s’impose : faut-il continuer de dérouler la formule qui a fait son succès au risque de tourner en rond, ou tout faire sauter pour imposer une mutation, quitte à diviser sa base de fans ? On en parle ensemble.

De la recette immuable de Muse aux expérimentations effrénées de King Gizzard & The Lizard Wizard, en passant par les virages esthétiques des Arctic Monkeys et de The Strokes, état des lieux de quatre types de transformation.

Muse : La mécanique de la répétition

Écouter le dernier single de Muse, c’est un peu entendre le même morceau en boucle. Depuis deux décennies, le trio britannique applique une formule devenue une mécanique prévisible : riffs de guitare saturés, envolées lyriques, synthétiseurs épiques et thématiques spaciale.

Si l’efficacité scénique reste incontestable et la communauté de fans fidèle, la proposition artistique stagne. Soyons claire

King Gizzard & The Lizard Wizard : L’urgence de l’expérimentation

À l’opposé exact de la routine, mes Australiens favoris de King Gizzard & The Lizard Wizard ont fait de l’instabilité leur signature. Qu’ils s’attaquent au thrash metal, au jazz microtonal ou à la synth-pop électronique, le groupe refuse de s’installer dans une zone de confort. Chaque album ressemble à un laboratoire où le groupe teste ses propres limites sans calcul commercial. Ils prennent du plaisir et souvent moi aussi. On ne s’ennuie jamais.

 

Arctic Monkeys : La mutation

Pour Arctic Monkeys, la trajectoire s’est faite à la cool. Repasser en boucle l’énergie garage rock de leur premier album « Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not » aurait pu satisfaire la nostalgie des débuts, mais le groupe de Sheffield a fait le choix de vieillir avec sa musique. Le passage au crooner rock vintage daronnie sur leurs derniers disques n’a pas fait l’unanimité. Pourtant, cette évolution lente reflète une démarche honnête : celle d’un groupe qui adapte son écriture à son âge et à ses inspirations du moment.

 

Et au milieu, il y a les strokes et leur dernier album

Le cas de The Strokes illustre parfaitement la difficulté de concilier passé mythique et envies d’expérimentation. Avec la sortie de leur septième album Reality Awaits, le groupe new-yorkais cristallise les tensions entre deux visions :

– Les nostalgiques de Is This It comme moi : les défenseurs du son garage brut, minimaliste et tranchant qui a défini le rock du début des années 2000.

– Les adeptes de la vibe The Voidz : l’influence des projets parallèles de Julian Casablancas infuse désormais la production des Strokes, intégrant des textures électroniques et de l’autotune en masse. Ca a bien tranché avec l’album précédent mais ça aurait aussi pu trancher s’il s’était mis à faire un opéra rock (c’est une idée).

Est ce que c’est une raison pour critiquer les critiques comme Anthony Fantano dans l’un de leurs titres ? Je sais pas. Au passage, j’aurai tellement adoré être critiqué dans un des titres des Strokes, la reconnaissance ultime.

 

Et si c’était le plaisir le plus important

Tous les groupes n’ont pas la capacité de maintenir une énergie monolithique à la manière de The Hives. Face au temps qui passe, l’enjeu ne réside pas uniquement dans la capacité à se renouveler à tout prix, mais dans l’honnêteté de la démarche et surtout à la prise de plaisir parce que c’est ce que l’auditeur ressent. Si The strokes a pris son pied, tant mieux, si Muse s’amuse, tant mieux et pareil pour les autres. Finalement c’est que de la musique, mes petits indiens.

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